Face à l'indignation généralisée, le magazine The New Yorker a abandonné son projet d'inviter Steve Bannon à participer à une entrevue lors de son prestigieux festival le mois prochain.

Publié le 3 sept. 2018
Hillel Italie ASSOCIATED PRESS

Le rédacteur en chef du New Yorker, David Remnick, a indiqué dans une déclaration écrite envoyée lundi à l'Associated Press qu'il avait changé d'avis.

L'ancien conseiller du président Donald Trump et ancien président de Breitbart News devait être l'invité spécial d'un prestigieux rassemblement qui, au fil des ans, a attiré les artistes et personnalités les plus en vue du monde.

Parmi les invités de cette année figurent Emily Blunt, Zadie Smith et Sally Yates, l'ex-assistante du procureur général congédiée par Donald Trump pour avoir refusé de soutenir son interdiction d'accueillir les voyageurs en provenance de pays musulmans. L'interdiction avait été défendue par Steve Bannon, un conseiller principal de la Maison-Blanche à l'époque.

L'annonce du New Yorker d'inviter Steve Bannon est survenue en début de journée lundi. Elle a rapidement été dénoncée par Roxane Gay, Jessica Valenti et bien d'autres. Le réalisateur Judd Apatow a écrit sur Twitter qu'il n'irait pas si Bannon était interviewé. Kathryn Schulz comptait parmi les rédacteurs du magazine qui ont dit avoir informé le rédacteur en chef de leur objection.

David Remnick dit avoir pris le temps de réfléchir et de discuter avec ses collègues avant de reconsidérer son choix. Le rédacteur en chef a lui-même dénoncé à plusieurs reprises le président Trump et son administration.

«Il y a une meilleure façon de procéder. Nos journalistes ont déjà interviewé Steve Bannon pour le New Yorker, et si l'occasion se présente, je l'interviewerai dans un contexte journalistique plus traditionnel et non sur scène.»

David Remnick a également reconnu que les invités du festival, contrairement aux gens interviewés à la radio ou pour un article, reçoivent un cachet et bénéficient du transport et de l'hébergement.

Patton Oswalt a écrit: «Désolé. Je me retire. Vérifiez si Milo Yiannopoulos est libre?» une référence à l'écrivain et orateur d'extrême droite dont les mémoires ont été retirés l'an dernier par l'éditeur Simon & Schuster après de nombreuses plaintes.

Pour expliquer sa décision initiale, David Remnick a écrit que Steve Bannon était bien conscient de leurs divergences politiques. «Le but d'une entrevue rigoureuse, en particulier dans un cas comme celui-ci, est de mettre sous pression les opinions de la personne interrogée.»

«On ne se fait pas d'illusion ici», a-t-il écrit. «Il est évident que Bannon ne va pas éclater en sanglots et changer sa vision du monde, peu importe la complexité des questions. Il pense avoir raison et que ses adversaires idéologiques ne sont que de simples flocons de neige. La question est de savoir si une entrevue a une valeur en termes de faits, d'arguments, ou même de visibilité, si elle a de la valeur pour un lecteur ou le public.»