L'ancien ministre portugais Antonio Vitorino, 61 ans, a été élu vendredi directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), un poste occupé par les États-Unis depuis la création de l'institution en 1951, à une seule exception dans les années 1960.

Mis à jour le 29 juin 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Antonio Manuel de Carvalho Ferreira Vitorino est le nouveau Directeur général de l'OIM», a tweeté l'organisation, à l'issue d'une élection qui a duré environ cinq heures et lors de laquelle le candidat controversé désigné par Donald Trump a été éliminé.

Le Portugais a été élu par acclamation après quatre tours de scrutin, ont indiqué à l'AFP des sources diplomatiques.

Le nouveau directeur de l'OIM, qui compte 172 États membres et ne cesse de défendre l'apport que représentent les migrations pour les différents pays du monde, prendra ses fonctions le 1er octobre. Il succèdera à l'Américain William Lacy Swing, qui a effectué deux mandats de 5 ans à la tête de l'OIM après avoir été le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en République démocratique du Congo (RDC) de mai 2003 à janvier 2008.

M. Vitorino a «connu une brillante carrière au Portugal en tant qu'avocat ainsi que dans la politique», a indiqué l'OIM dans un communiqué.

Il a notamment occupé les fonctions de ministre de la Présidence et ministre de la Défense (1995-1997), lorsque l'actuel secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres était Premier ministre du Portugal. Auparavant, il avait été élu député au Portugal en 1980.

Il a également été commissaire européen à la Justice et aux Affaires Intérieures (1999-2004). Depuis son départ de la politique en 2005, M. Vitorino a notamment travaillé comme associé au sein du cabinet Cuatrecasas, Gonçalves Pereira & Associados, selon l'OIM.

Les États-Unis et le Costa Rica avaient également lancé des candidats dans la course.

Mais l'expérience de la Costa-Ricaine Laura Thompson, actuelle directrice adjointe de l'OIM, n'a pas joué en sa faveur. Et les propos polémiques sur les musulmans du candidat américain, Ken Isaacs, éliminé à l'issue du troisième tour de scrutin, semblent avoir terni son image.

L'OIM se présente comme l'organisation intergouvernementale chef de file pour les questions migratoires, mais elle est entrée dans le système des Nations unies qu'en 2016. Etablie en 1951, l'institution dispose de 10 000 employés dans plus de 150 pays.

Le poste de directeur de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence dont les États-Unis sont l'un des principaux contributeurs avec les Européens, a été occupé depuis la création de l'institution en 1951 par un Américain, avec une seule exception de 1961 à 1969 avec le Néerlandais Bastiaan Haveman.

Tolérance zéro américaine

Si M. Isaacs a été critiqué pour ses propos polémiques sur les musulmans, l'ombre de la politique migratoire de Trump, qui prône la «tolérance zéro», a aussi plané sur la candidature de l'Américain.

Sur l'épineux dossier des migrations, les États-Unis font en effet l'objet de vives critiques de l'ONU, pour son interdiction permanente d'entrée sur le territoire américain aux ressortissants de six pays, pour la plupart à majorité musulmane, et pour sa récente décision de séparation des enfants de migrants entrés illégalement sur le territoire américain. Une politique désormais abandonnée après un déluge de critiques.

Accusé d'être anti-musulman et climato-sceptique - alors que de nombreuses migrations sont liées à des facteurs climatiques - M. Isaacs avait choisi lui de faire face aux critiques pendant la campagne électorale et avait assuré à l'AFP qu'il ne prenait «jamais» en compte la foi des personnes dans le besoin.

Choisi début février, M. Isaacs, ancien vice-président de l'ONG humanitaire chrétienne Samaritan's Purse (Bourse du Samaritain), avait eu fort à faire ces derniers mois après que la publication par le Washington Post d'une série de commentaires antimusulmans, postés entre 2015 et 2017 mais retirés depuis, sur les réseaux sociaux.

Dans des tweets, Ken Isaacs affirmait par exemple que le Coran «ordonne» aux musulmans de commettre des actes de violence et suggérait que les réfugiés chrétiens devraient avoir la priorité sur eux, exprimant des doutes sur le fait que l'islam soit une religion de paix.

M. Isaacs avait exprimé ses «regrets» pour ces commentaires «imprudents» et le Département d'État avait jugé «approprié» qu'il présente ses excuses.

Dans un courrier à l'AFP, il avait aussi fait valoir son passé de travailleur humanitaire pendant plus de 30 ans dans des régions difficiles comme la Somalie, le Soudan du Sud et l'Afghanistan.