La Cour suprême américaine a jugé lundi que des États pouvaient rayer de leurs listes électorales une part importante de leurs habitants, même si cette pratique semble viser les citoyens les plus pauvres qui penchent du côté démocrate.

Mis à jour le 11 juin 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans une décision prise à la courte majorité de cinq juges conservateurs contre quatre progressistes, la haute cour a donné raison à l'Ohio, État du Midwest où les républicains au pouvoir ont pris des mesures pour radier les personnes qui ne votent pas régulièrement, sous le prétexte d'actualiser les fichiers et de lutter contre la fraude.

À quelques minutes de son sommet historique avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, Donald Trump a pris le temps de commenter ce choix. «Nous venons de remporter une décision importante à la Cour Suprême sur le Vote! Excellente nouvelle!», a tweeté le président américain.

Le magistrat Samuel Alito, qui a rédigé l'arrêt, a souligné que la Cour suprême n'avait pas à juger si cette pratique était «la méthode idéale pour maintenir à jour les listes électorales».

«La seule question à laquelle nous devons répondre est de savoir si cela viole la loi fédérale. Ce n'est pas le cas», a-t-il ajouté.

Rien qu'en 2015, des centaines de milliers de résidents ont ainsi été privés de la faculté de choisir leurs élus dans l'Ohio.

En pratique, quiconque ne votant pas durant deux ans reçoit de son bureau de vote une demande de confirmation d'adresse. Si la personne ne répond pas, ou si elle continue à ne pas voter durant quatre ans, elle est radiée des listes, sous la présomption qu'elle n'habite plus là.

Dans les faits, sont mis sur la touche de nombreux militaires de retour de mission et des habitants soumis aux aléas économiques, notamment ceux ayant de longues heures de travail.

La décision de la Cour suprême marque un «revers pour le droit de vote», a réagi lundi l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU).

La cour «a fait fausse route», a abondé Chris Carson, présidente de la League of Women Voters. «On ne perd pas le droit de vote en ne l'utilisant pas».

Millions de voix en jeu 

Les restrictions au droit de vote alimentent un gros contentieux aux États-Unis.

En plus de l'Ohio, six États ont adopté un plan permettant d'expurger leurs listes électorales des électeurs occasionnels: la Géorgie, le Montana, l'Oklahoma, l'Oregon, la Pennsylvanie et la Virginie occidentale.

En face, douze États dont celui de New York et la Californie, plus la capitale fédérale Washington, ont pris position contre ces purges.

Le gouvernement de Donald Trump, effectuant un revirement à 180 degrés par rapport à celui de M. Obama, a pris fait et cause pour l'Ohio.

Cette controverse s'aiguise à l'approche des élections de mi-mandat en novembre, qui décideront si M. Trump conserve sa majorité républicaine au Congrès.

La décision rendue lundi pourrait encourager d'autres États américains à radier des millions d'électeurs potentiels.

D'une façon générale, les Américains se déplacent peu aux bureaux de vote. C'est particulièrement vrai aux élections de mi-mandat: le taux de participation tourne alors autour de 40%, ce qui renforce le poids de chaque électeur.

La Cour suprême doit également d'ici fin juin se prononcer sur la pratique des découpages inéquitables des circonscriptions de vote, une antique recette de cuisine électorale nommée «gerrymandering».