Donald Trump est devenu vendredi le 45e président des États-Unis, promettant dans un discours sombre, offensif, aux accents résolument populistes, d'articuler sa politique autour d'un seul axe: «l'Amérique d'abord».

Jérôme CARTILLIER et Ivan COURONNE AGENCE FRANCE-PRESSE

Arrivé à la Maison-Blanche en fin d'après-midi, l'homme d'affaires républicain de 70 ans succède à la tête de la première puissance mondiale au démocrate Barack Obama, 55 ans, sous le regard inquiet des alliés des États-Unis, échaudés par ses déclarations tonitruantes, parfois contradictoires.

Quelques heures plus tôt, main gauche sur la Bible, main droite levée, le magnat de l'immobilier, qui arrive au pouvoir sans la moindre expérience politique, diplomatique ou militaire, avait prêté serment en plein air, sur les marches du Capitole.

«Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des États unis», a-t-il déclaré.

Photo Patrick Semansky, AP

Donald Trump a prononcé un discours après avoir prêté serment.

Ceux qui espéraient découvrir un «président Trump» profondément différent du «candidat Trump» ont été déçus: l'homme d'affaires septuagénaire a entamé son mandat sur la même tonalité, promettant de «rendre le pouvoir au peuple».

«À compter d'aujourd'hui, ce sera l'Amérique d'abord et seulement l'Amérique!», a lancé le 45e président des États-Unis énonçant «deux règles simples: acheter américain et embaucher américain».

«Ensemble, nous rendrons sa force à l'Amérique. Nous rendrons sa richesse à l'Amérique. Nous rendrons sa fierté à l'Amérique. Nous rendrons sa sécurité à l'Amérique. Et, oui, nous rendrons sa grandeur à l'Amérique», a-t-il conclu, brandissant le poing, image surprenante dans ce contexte.

«Pas mon président!»

La cérémonie, suivie en direct par des millions de personnes à travers le monde, avait un goût de revanche pour celui dont l'annonce de candidature, en juin 2015, avait été accueillie par des ricanements, chez les républicains comme chez les démocrates.

Dès avant l'aube, sous un ciel menaçant, des milliers d'Américains s'étaient rassemblés sur le National Mall. Mais les vues aériennes des immenses pelouses montraient une mobilisation populaire limitée, dans un contraste saisissant avec l'investiture de Barack Obama, au même endroit, il y a huit ans.

PHOTO SAUL LOEB, AFP

Le président Trump salue les militaires alors qu'il quitte la scène du Capitole.

Chez les partisans de la première heure du républicain, l'espoir était sincère, avec la conviction d'assister au début «d'une nouvelle ère».

«Je ne suis pas d'accord à 100% avec la façon dont (Donald Trump) s'exprime mais c'est un homme d'affaires qui a réussi et ce n'est pas un politicien», dit Miguel, 54 ans. «Je pense qu'il tiendra ses promesses».

«Il a su faire simple pour les gens moyens, et il a réussi à rassembler les gens», ajoute Michael Hippolito, policier new-yorkais à la retraite.

Pour cette journée historique, Donald Trump a suivi la même tradition protocolaire que ses prédécesseurs.

Après la prestation de serment, il a pris part au traditionnel défilé d'investiture qui l'a conduit jusqu'à sa nouvelle résidence, dans un mélange d'applaudissements et de huées.

«Pas mon président ! Pas mon président !», hurlaient certains tandis que de l'autre côté de la rue ses partisans chantaient «USA», «USA» à tue-tête.

Trois bals

Accompagné de son épouse Melania, il a effectué l'essentiel du parcours dans la limousine présidentielle blindée, escortée par un important dispositif de sécurité. Tout sourire, le couple est cependant sorti à plusieurs reprises de voiture et a marché le long de Pennsylvania Avenue, la grande artère menant à la Maison-Blanche.

Le nouveau président et la nouvelle «First Lady» se sont ensuite rendus dans la tribune présidentielle pour assister au défilé. Il devait participer dans la soirée à trois bals «officiels» répartis dans la capitale.

À Washington, dans le centre-ville, des manifestants ont fait face à la police et aux partisans du milliardaire, aux cris de «Non à Trump, non au KKK, non aux États-Unis fascistes!». La police a fait usage de gaz lacrymogènes et une centaine de personnes ont été arrêtées à la suite de heurts.

En marge de l'investiture, des milliers de cigarettes de cannabis ont été distribuées gratuitement dans la capitale fédérale américaine où la marijuana a été légalisée l'an dernier.

«Ce n'est pas un événement politique. Tous ceux qui soutiennent le cannabis sont les bienvenus. Notre message à Donald Trump: n'y touche pas», soulignait l'un des organisateurs, Alan Amsterdam.

Obama en vacances à Palm Springs

L'équipe Trump a annoncé pour le début de la semaine prochaine une série de décrets visant à défaire une partie du bilan de son prédécesseur (climat, immigration...) et à ébaucher le sien.

La tâche s'annonce ardue pour l'auteur du livre à succès The Art of the Deal, qui a promis, avec un sens de la formule qui enchante ses partisans et consterne ses détracteurs, d'être «le plus grand créateur d'emplois que Dieu ait jamais créé».

La constitution de ses équipes a été difficile tant la victoire a pris le camp républicain par surprise. Les premières semaines pourraient être chaotiques.

Et jamais depuis 40 ans un président américain n'avait pris le pouvoir avec un niveau d'impopularité aussi élevé.

Lors d'une rencontre avec les élus du Congrès, Donald Trump a fait applaudir Bill et Hillary Clinton, qui ont assisté à son investiture, assurant qu'il avait «beaucoup de respect» pour les deux. Tout au long de la campagne, il avait systématiquement affublé cette dernière du surnom de «crapule».

Après huit années au pouvoir, Barack Obama a lui indiqué qu'il entendait rester à l'écart de la «mêlée» pour laisser son successeur gouverner, mais à condition que certaines lignes rouges ne soient pas franchies.

Juste après la cérémonie, il a rejoint la base militaire d'Andrews d'où il s'est envolé pour Palm Springs, en Californie, où il a prévu de passer en famille ses premières vacances d'ancien président.

«Notre démocratie, ce ne sont pas des monuments ou des bâtiments, c'est vous», a-t-il lancé juste avant de monter à bord.