En Californie, certains prisonniers paient pour séjourner dans des prisons plus petites, plus confortables et moins dangereuses. Naturellement, ces centres de détention pour VIPrisonniers ne sont pas au goût de tous. Visite guidée.

Publié le 28 déc. 2013
Yves Schaëffner LA PRESSE

Bienvenue à Seal Beach, une petite banlieue chic de Los Angeles. Connue pour sa longue jetée, Seal Beach possède également une prison 3 étoiles pour taulards friqués. Dans cette prison pas comme les autres, les détenus ne cherchent pas à s'évader et paient même pour avoir le privilège d'y séjourner.

On y promet un environnement sain, sans violence et des télés à écrans plats. Le sergent Phil Gonshak en est le responsable. «Ça, c'est la partie dortoir, dit-il, en pointant deux cellules de quatre lits et une large salle communale. C'est l'endroit pour les prisonniers qui paient de 100 à 120$ par nuit, selon s'ils ont la permission de sortir travailler pendant le jour ou pas.»

«Si vous souhaitez une pièce pour vous tout seul, nous louons ces lits pour 240$ la nuit», poursuit le sergent en montrant deux cellules individuelles, chacune dotée d'une télé à écran plat.

Si le centre de détention n'a rien d'un Club Med avec ses murs blancs et ses portes de métal, il offre des avantages notables. Ici, les douches sont individuelles, les détenus ont accès à une bibliothèque, une imposante collection de DVD, un téléphone et un ordinateur. Ils peuvent également recevoir des invités sans la barrière d'une vitre et s'acheter des plats tout prêts si le menu du jour ne leur convient pas.

Des airs de garderie

Avec sa mascotte «Sammy The Seal» placardée un peu partout sur ses murs, la prison semble vouloir se donner des airs de garderie pour enfants turbulents. «On ne veut pas donner l'impression que l'on est des brutes vicieuses, nuance le sergent. On veut être vus comme des gens professionnels et courtois.»

Robert (nom fictif) est un des trois prisonniers qui séjournent en ce moment à la prison de Seal Beach. Il purge une peine de deux ans pour avoir tué son meilleur ami dans un accident alors qu'il était ivre au volant. Chaque mois, il verse 3000$ à la prison. À sa sortie, sa note finale s'élèvera à plus de 72 000$.

«Quand tu pèses le pour et le contre, il vaut mieux payer très cher et être dans cette prison. Les standards d'hygiène sont plus élevés, la sécurité est meilleure», plaide-t-il.

La cité balnéaire de Seal Beach n'est pas la seule ville à posséder une prison «dorée». Une quinzaine d'autres existent dans les environs de Los Angeles. Christian Slater, Dr Dre, Kiefer Sutherland et quelques autres célébrités ont d'ailleurs fait du temps dans ces prisons payantes.

Certaines mettent même de la pub dans les journaux pour attirer des «clients». Celle de Pasadena s'estime ainsi «la meilleure prison du sud de la Californie» dans un dépliant.

Barry (nom fictif), dirigeant d'entreprise condamné pour fraude fiscale, a choisi d'être incarcéré à celle d'Anaheim. Il a déboursé plus de 7650$ pour avoir le «privilège» d'y séjourner durant 90 jours.

«Dans les prisons normales, il y a des criminels, des tueurs, des pédophiles, toutes sortes de personnes dangereuses. Cette prison est plus agréable: ce sont généralement des gens qui ont réussi qui sont emprisonnés ici», assure-t-il.

L'autre gros avantage des prisons payantes? Il est parfois possible d'obtenir l'autorisation d'un juge afin de sortir travailler pendant le jour. «Je pouvais continuer de travailler sans risquer de voir mon entreprise fermer ses portes», se félicite Barry.

«Un système discriminatoire»

Si ces prisons font le bonheur des condamnés aisés, elles sont vertement dénoncées par d'autres. «C'est clairement un système discriminatoire. Cela dit: si vous pouvez payer, vous pouvez vivre une expérience différente de celle des gens qui n'ont pas les moyens», peste Scott Johnson, avocat de l'assistance judiciaire.

«Ces prisons promettent un environnement plus sûr, à l'écart des gens dangereux. Mais, en fait, elles [sous-entendent que vous ne serez pas avec des membres] des minorités, des Noirs, des Latinos, des gangs», poursuit l'avocat avant de rappeler que l'immense majorité des détenus californiens, eux, survivent dans des conditions déplorables. Selon les dernières statistiques, ils seraient aujourd'hui plus de 120 000 dans des prisons construites pour à peine 80 000 prisonniers.

Des prisons très sélectes

Ce ne sont pas tous les condamnés qui sont acceptés dans les prisons payantes de Californie. Pour y séjourner, il faut montrer patte blanche. Première condition: il faut obtenir l'autorisation d'un juge. Ensuite, il faut en avoir les moyens (les prix varient de 75 à 240$ par jour selon les établissements).

Troisième condition: il faut remplir un dossier de candidature, passer un examen médical et une entrevue avec les responsables de la prison. Généralement, les prisons payantes refusent l'accès aux membres de gang et aux criminels violents. «Mais on décide vraiment au cas par cas, précise le sergent Phil Gonshak de la prison de Seal Beach. On a déjà eu des détenus qui avaient commis des crimes violents.»

De manière générale, la taille réduite de ce type d'établissements et le haut ratio gardiens-prisonniers font en sorte que les problèmes sont très rares. «Il y a même des prisonniers qui m'ont fait des «demandes d'amitié" sur Facebook après leur passage!», confie le sergent en riant.