C'était la décision de la Cour suprême des États-Unis la plus attendue depuis l'arrêt «Bush contre Gore», qui a mis fin à l'imbroglio juridique de l'élection présidentielle de 2000.

Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

Plusieurs observateurs s'attendaient d'ailleurs à un verdict semblable sur la réforme maîtresse de Barack Obama: une décision à cinq voix contre quatre favorisant la cause du Parti républicain.

Mais Todd Pettys, professeur de droit à l'Université d'Iowa et spécialiste de la Cour suprême, n'était pas de ceux-là. Nous lui avons parlé hier.

Q Êtes-vous surpris de la décision de la Cour suprême?

R Non. John Roberts, juge en chef de la Cour suprême, n'en est encore qu'au début de sa carrière. C'est l'image de SA cour qui était en jeu. Cette cause, plus que toute autre, va donner le ton au reste de sa carrière et contribuer à façonner son héritage. Il n'est pas étonnant qu'il ait cherché à trouver une position centriste qui permettra aux progressistes et aux conservateurs de son pays de croire que son vote n'est pas acquis à un camp.

Q Le juge Roberts n'a-t-il pas joué un rôle qui revient d'ordinaire à Anthony Kennedy?

R C'est l'un des aspects les plus intéressants de cette histoire. L'hebdomadaire Time a publié sur sa couverture une photo de Kennedy accompagnée du titre «Le décideur». Et tout le monde avant la décision d'aujourd'hui parlait du juge Kennedy comme étant celui qui ferait la différence. C'est beaucoup d'attention sur un seul juge. Désormais, nous devrons focaliser non seulement sur le juge Kennedy, mais également sur le juge Roberts. Et je pense que c'est une bonne chose.

Q Que retenez-vous des arguments cités par la Cour suprême pour confirmer le «mandat individuel», qui oblige presque tous les citoyens à contracter une assurance maladie sous peine d'amendes?

R L'argument selon lequel le mandat individuel est constitutionnel en vertu des pouvoirs de taxation du Congrès m'a toujours semblé le plus fort. Je n'ai donc pas été surpris lorsque la majorité l'a retenu, tout en rejetant le principal argument de l'administration Obama, qui reposait sur la «clause de commerce» donnant au Congrès le pouvoir de réguler le commerce entre États.

Q Quel sera l'impact du rejet de cet argument?

R Cela pourrait, en théorie, limiter le pouvoir du Congrès d'adopter de nouvelles lois créant des services sociaux. Mais, en pratique, cela ne me semble pas constituer un précédent fondamental ou très important.