C'est le cauchemar de chaque parent: voir un de ses enfants victime d'un crime de nature sexuelle. Aux États-Unis ce mois-ci, deux meurtres ont été commis par des parents qui ont désespérément voulu protéger leurs filles. Légitime défense, ou recours à une force excessive?

Judith Lachapelle LA PRESSE

Le père a entendu sa fille de 5 ans crier. Quand il est arrivé près du pré isolé d'où venaient les cris, il a vu un homme à demi nu allongé sur elle. Le père, enragé, a saisi l'homme et l'a battu à coups de poing. L'homme s'est effondré, inconscient.

Au préposé du 911, le père, en état de panique, a sangloté: «J'ai besoin d'une ambulance! Cet homme était en train de violer ma fille, et je l'ai battu, et je ne sais pas quoi faire!»

Le grand-père et la tante de la petite fille ont tenté de réanimer l'homme en faisant une manoeuvre cardio-respiratoire.

L'homme de 47 ans, Jesus Flores, était un employé du ranch où la famille s'était réunie ce jour-là. Il gisait désormais aux pieds du père, âgé de 23 ans, qui l'avait battu à mort.

Homicide? Sans doute. Mais le père, dont l'identité n'a pas été révélée, ne sera pas accusé de meurtre, a décidé mardi la cour du Texas. La décision a soulagé la petite ville de Shiner, entre Houston et San Antonio, dont les citoyens ont défendu le recours à la force du père de la fillette, même si elle a été fatale à l'agresseur.

Les autorités, a déclaré la procureure de district Heather McMinn mardi, ont mené une enquête. Des examens à l'hôpital ont confirmé que la fillette avait été agressée. «La preuve démontre que le recours à une force mortelle était justifié», a dit la procureure.

En Californie

Le droit ne reconnaît pas la possibilité de se faire justice soi-même. Mais dans ce cas texan, analyse l'avocat criminaliste montréalais Eric Sutton, le père est intervenu lorsque le crime était en train d'être commis. «Il a le droit d'intervenir pour protéger sa fille et faire cesser le crime», dit-il.

Mais la fin ne justifie pas nécessairement les moyens. «Supposons un père tellement enragé qui continue à s'acharner sur un suspect par terre, sans défense, qui ne représente plus un danger et qui finit par en mourir. Selon moi, au Canada, le père serait accusé.»

En Californie, par exemple, des parents qui ont tué au début du mois le souteneur de leur fille prostituée de 17 ans ont été accusés de meurtre. Ils ont plaidé qu'ils avaient tout essayé pour arracher leur fille, en fugue depuis un an, de l'emprise de son souteneur. Ils ont tenté une première fois d'assassiner le jeune homme le 27 mai en tirant cinq coups de feu sur sa voiture. Le 4 juin, lors d'une nouvelle tentative, ils ont réussi à l'abattre.

Contrairement au meurtre du père texan, note Eric Sutton, «ici, les parents n'interviennent pas pendant le crime». Des accusations devaient être portées.

Les parents californiens, qui ont aussi trois jeunes garçons, «faisaient face au cauchemar de chaque parent. Ils ont juste essayé de leur mieux de protéger leur fille», a plaidé leur avocat, Eric Safire. «Et voilà qu'ils sont arrêtés.»

Ils font désormais face à des accusations de meurtre, de possession d'arme illégale et de complot en vue de commettre un meurtre. Le procureur du district, George Gascon, a pour sa part déclaré qu'en tant que père, il comprenait «la frustration que les parents ont dû vivre... Mais se faire justice soi-même n'est pas une solution acceptable».

-Avec CBS, Los Angeles Times, San Antonio Express