La raison d'être du discours sur l'état de l'Union est contenue dans son nom: rendre compte, une fois l'an, de la situation du pays. Mais le discours que prononcera Barack Obama ce soir devant les deux chambres du Congrès et des dizaines de millions de téléspectateurs pourrait très bien s'intituler Les raisons pour lesquelles vous devez me réélire.

Mis à jour le 24 janv. 2012
Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

À moins de 10 mois de l'élection présidentielle, le chef de la Maison-Blanche profitera en effet de ce discours pour poser les arguments qu'il défendra durant sa campagne électorale. Voici donc cinq points saillants en prévision de ce moment important de la vie politique américaine.

1. Au secours de la classe moyenne

Avec un taux de chômage de 8,5% et une reprise fragile, il va de soi que l'économie occupera une place centrale dans le discours sur l'état de l'Union. Non seulement le sujet est au premier rang des préoccupations des Américains, mais il pourrait également déterminer l'issue de l'élection du 6 novembre.

Comment Barack Obama abordera-t-il cette question? Il a annoncé ses couleurs, samedi, dans une vidéo envoyée à ses partisans. Il promet sur un ton énergique de présenter «un plan pour construire une économie qui fonctionne pour tous, et pas seulement pour une poignée de privilégiés».

Ce «plan pour une économie américaine construite pour durer» sera axé sur la relance du secteur manufacturier, l'exploitation des énergies renouvelables, la formation professionnelle et une plus grande équité fiscale.

2. Critiques du Congrès

Barack Obama ne tournera pas carrément le dos à l'approche bipartite qu'il a adoptée sans grand succès dans les trois premières années de son mandat à la Maison-Blanche.

Il renouvellera donc son appel pour l'adoption de son plan emploi de 447 milliards de dollars, que les républicains du Congrès ont rejeté l'an dernier. Et il pressera ces derniers de proroger les allégements de contributions sociales accordés récemment à 160 millions d'Américains de la classe moyenne.

Mais le président reprochera encore aux républicains du Congrès leur obstructionnisme. Il ne le fera peut-être pas dans les termes les plus partisans, mais il n'entend pas occulter ce sujet, qui devrait être un des thèmes majeurs de sa campagne électorale.

3. Rappel des succès à l'étranger

Le retrait des troupes américaines d'Irak, la chute du régime de Mouammar Kadhafi en Libye et la mort d'Oussama ben Laden seront parmi les succès que Barack Obama fera valoir en matière de politique étrangère. Sa référence au défunt leader d'Al-Qaïda pourrait être un des moments forts de la soirée.

Il ne récoltera probablement pas d'ovation lorsqu'il abordera sa gestion du dossier iranien, mais il pourrait profiter de l'occasion pour répondre aux nombreuses critiques que formulent à ce sujet les prétendants républicains à la présidence.

4. Ce que disent les sondages

Barack Obama prononcera le discours sur l'état de l'Union à un moment de vulnérabilité politique: seulement 44% des Américains, en moyenne, se sont montrés satisfaits de sa performance à la Maison-Blanche au cours de la troisième année de son mandat. Depuis que la maison de sondages Gallup collige ce genre de données, seul Jimmy Carter a récolté un taux de satisfaction inférieur (37%) au même stade de sa présidence.

Ronald Reagan avait obtenu un taux de satisfaction semblable à celui d'Obama (45%) au cours de la troisième année de son premier mandat, mais il avait rebondi plus rapidement et récolté 52% d'opinions favorables au moment de prononcer le discours sur l'état de l'Union en janvier 1984.

S'il faut se fier aux données antérieures, les chances de réélection d'un président sortant sont sérieusement compromises s'il ne parvient pas à récolter au moins 50% d'opinions favorables en mars.

5. La réplique républicaine...

Le gouverneur de l'Indiana, Mitch Daniels, prononcera la réplique républicaine au discours sur l'état de l'Union. Daniels, qui a renoncé à briguer la présidence en 2012, est reconnu pour sa gestion rigoureuse des derniers publics. Il devrait réserver une partie de ses critiques à la politique du président démocrate à l'égard de la dette américaine, qui a dépassé le cap des 15 000 milliards de dollars.