Les lettres atterrissent sur le bureau de Barack Obama à la fin de la journée dans un classeur mauve. Dix lettres choisies au hasard parmi les milliers que des citoyens ordinaires lui adressent chaque jour. Le soir venu, le président les lit religieusement et répond personnellement à au moins une ou deux d'entre elles, allant même parfois jusqu'à glisser un chèque personnel dans l'enveloppe pour venir en aide à l'un de ses compatriotes en détresse.

Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

Le rituel dure depuis la deuxième journée de Barack Obama à la Maison-Blanche. Le président l'a instauré dans l'espoir de rester à l'écoute des citoyens qu'il a été appelé à servir. Au fil de son mandat, les lettres ont changé de ton, l'euphorie du début laissant de plus en plus souvent la place à la déception, la frustration et parfois même l'insulte. «Cher imbécile» ou «Cher socialiste», commencent certaines missives.

Mais Barack Obama continue à lire ses 10 lettres par jour, selon Eli Saslow, journaliste au Washington Post et auteur de Ten Letters: The Stories Americans Tell Their President, un livre sorti hier aux États-Unis qui raconte l'histoire de 10 Américains à qui le président a répondu.

Eli Saslow révèle dans ce livre que Barack Obama a envoyé un chèque personnel à certains citoyens après avoir lu leurs lettres, ou fait un appel téléphonique en leur nom pour les aider.

«Ce n'est pas quelque chose que je devrais rendre public, mais c'est arrivé», a dit le président au journaliste.

Barack Obama n'est évidemment pas le premier président à échanger des lettres avec des citoyens ordinaires. Mais il est certainement le premier à le faire de façon aussi systématique. Quelque 1500 bénévoles et 50 employés à temps plein ouvrent les 20 000 lettres que reçoit le président chaque jour. Parmi ce «déluge» épistolaire, ils choisissent

10 missives qui sont représentatives des sujets abordés et des sentiments exprimés.

Le livre d'Eli Saslow évoque notamment la surprise ressentie par 10 Américains qui ont reçu une réponse manuscrite de Barack Obama. Certains d'entre eux ont continué à échanger des lettres avec le président, qui a parfois utilisé leurs histoires pour défendre telle ou telle politique.

L'auteur de Ten Letters réserve aussi une surprise à ses lecteurs en racontant l'histoire de Jennifer Cline, une jeune femme de 27 ans qui a rebâti sa vie après avoir perdu son emploi, déclaré faillite et survécu à un cancer. À la fin du livre, le lecteur apprend que son mari et elle ont réussi à verser un acompte pour l'achat de la petite maison de leur rêve en vendant, non sans regret, la lettre manuscrite que les malheurs de Jennifer avaient inspirée au président Obama.