Durant quatre jours, des milliers d'Américains se sont entassés dans un aréna de Los Angeles pour y recevoir des soins médicaux. Une mesure de dernier recours, a constaté notre correspondant.

Nicolas Bérubé, collaboration spéciale LA PRESSE

Les milliers de personnes en file devant l'aréna semblent attendre le début d'un concert. Certaines sont assises sur des chaises longues, d'autres dans des sacs de couchage.

À l'intérieur du Sports Arena de Los Angeles, des bénévoles empilent des caisses d'instruments médicaux. Des chaises de dentiste sont alignées sur le parterre, au centre d'un amphithéâtre qui a jadis servi aux matchs des L.A. Lakers.

L'événement CareNow, qui avait lieu de jeudi à dimanche à L.A., rappelle les cliniques de fortunes établies dans les zones frappées par un sinistre. Mais, ici, il n'y a pas de sinistre: seulement la vie quotidienne d'une mégalopole américaine où deux millions de citoyens sont sans assurance maladie.

«Aujourd'hui, je suis venu pour voir un dentiste, explique Roberto Rodriguez, qui faisait la file avec un ami. J'ai une dent qui me fait très mal.»

M. Rodriguez travaille comme aide-machiniste dans un garage à Victorville, à une heure trente de route de L.A. Avant la crise, il travaillait chaque jour, mais aujourd'hui, il dit faire à peine 20 heures par semaine. Son employeur ne fournit pas d'assurance maladie.

M. Rodriguez dit avoir passé une partie de la nuit de vendredi à samedi sur le trottoir, avant l'ouverture des portes, à 7h. «C'est inconfortable, mais je n'ai pas le choix. C'est ma seule chance de voir un spécialiste.»

Au total, 800 bénévoles médicaux ont pu traiter plus de 5000 patients durant les quatre jours de l'événement. Parmi les dizaines de types de soins offerts, les plus populaires sont la dentisterie et l'optométrie, deux services que l'assurance publique californienne Medi-Cal ne couvre plus depuis des années.

À l'ouverture des portes, jeudi, le président de CareNow, Don Manelli, a dit que, dans un monde idéal, personne n'aurait besoin de se faire soigner dans un aréna. «Nous allons continuer à organiser des événements semblables jusqu'à ce qu'ils soient obsolètes», a-t-il annoncé.

Les bénévoles ont gardé le sourire, malgré les longues heures de travail. Marco Interiano, assistant dentaire, en était à sa première expérience à CareNow.

«Les gens viennent nous voir parce qu'ils ont nulle part où aller, dit-il. Certains ont un travail, mais leur employeur n'offre pas l'assurance maladie. Avec l'économie en lambeaux, ils n'ont pas d'autre choix que de venir se faire soigner ici.»

Son expérience de bénévolat s'avère «merveilleuse», dit-il.

«Les gens attendent dans les estrades pendant des heures. Ils sont vraiment contents quand vous appelez leur numéro. J'ai soigné des gens qui ont attendu cinq heures pour se faire arracher une dent. Ça donne un sentiment de faire quelque chose de bien, un sentiment d'accomplissement.»

À la porte, John Diaz, bénévole, donne des informations aux patients, et les dirige vers les bonnes sections de l'aréna. Il dit être «surpris» par l'ampleur de l'événement, auquel il participait pour la première fois.

«Pour bien des gens, consulter un médecin est un luxe, dit-il. Jamais je n'aurais imaginé qu'il y avait autant de gens dans le besoin.»