La marée noire du golfe du Mexique devait être le Katrina de Barack Obama, l'événement susceptible de ternir de façon durable l'image de sa présidence aux yeux du public américain, comme cela avait été le cas pour George W. Bush après l'ouragan de 2005.

Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

D'autres ont comparé la catastrophe écologique à la crise iranienne des otages, qui avait renforcé l'impression d'impuissance dégagée par Jimmy Carter durant les 15 derniers mois de son unique mandat à la présidence.

Mais deux sondages sur trois ont contredit la semaine dernière ces parallèles populaires, laissant croire que l'insatisfaction des Américains à l'égard de la gestion de la marée noire par le président ne se répercutait pas sur leur perception de sa performance générale à la Maison-Blanche.

Ainsi, de janvier à juin, une période au cours de laquelle Barack Obama a promulgué une ambitieuse et controversée réforme du système de santé, affronté un taux de chômage frôlant les 10% et lutté contre le pire désastre environnemental de l'histoire des États-Unis, les opinions favorables à l'égard de sa politique sont passées de 49% à 48%, selon un sondage du Pew Research Center publié le 24 juin.

Un sondage Gallup publié trois jours plus tôt a également suggéré que la marée noire n'avait guère eu d'impact sur la cote de popularité de Barack Obama. Dans les quatre semaines qui ont précédé l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon, le président a récolté une moyenne quotidienne de 48% d'opinions favorables contre une moyenne de 47% dans la semaine du 14 au 20 juin.

Le Wall Street Journal et la chaîne NBC ont publié la semaine dernière un sondage indiquant une baisse un peu plus prononcée, mais la différence se situait à l'intérieur de la marge d'erreur.

Indice du pouvoir d'influence

La cote de popularité d'un président est l'une des statistiques les plus suivies du monde politique américain. La donnée fournit une indication du pouvoir d'influence du chef de la Maison-Blanche sur les élus du Congrès, de ses chances d'être réélu et de sa capacité d'aider ou de nuire à son parti à l'occasion des élections de mi-mandat.

À un peu plus de quatre mois du prochain rendez-vous électoral américain, Barack Obama ne semble donc pas vraiment pâtir de la marée noire, mais son taux de popularité n'a rien de trop rassurant pour les démocrates, si l'on se fie aux précédents historiques. En effet, depuis le mandat écourté de John Kennedy, le parti des présidents dont la cote était inférieure à 50% a perdu en moyenne 41 sièges à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat.

Les républicains ont besoin de réaliser un gain net de 40 sièges pour devenir majoritaires à la Chambre.

Comme Reagan et Clinton

Barack Obama peut au moins se consoler en pensant que Ronald Reagan et Bill Clinton n'étaient pas en meilleure position que lui au même stade de leur premier mandat, ne récoltant tous les deux que 44% d'opinions favorables, selon Gallup. Le parti du président républicain avait subi une perte nette de 27 sièges lors des élections de mi-mandat de 1982, alors que celui du président démocrate en avait perdu 52 lors du rendez-vous électoral de 1994.

Il reste à savoir si la cote du président actuel sera touchée par trois événements récents qui lui ont permis de présenter l'image d'un leader capable de s'imposer : l'entente par laquelle BP a consenti à mettre au moins 20 milliards de dollars de côté pour dédommager les victimes de la marée noire; l'accord d'un comité parlementaire sur la version définitive de la plus importante réforme financière depuis la dépression des années 30, une loi qui pourrait être promulguée avant le 4 juillet; et le limogeage du général Stanley McChrystal à la suite de ses propos cavaliers dans le magazine Rolling Stone au sujet de responsables de l'administration américaine.

Le hic, bien sûr, c'est que la marée noire du golfe du Mexique, tout comme la guerre en Afghanistan, est encore loin d'être finie.