La multinationale américaine Chevron est accusée d'avoir déversé des millions de barils de déchets toxiques en Équateur durant 25 ans. Le plus important procès environnemental de l'histoire pourrait coûter 27 milliards à l'entreprise. Et c'est maintenant au tour des actionnaires de demander des comptes, demain, lors de l'assemblée annuelle du géant pétrolier.

Nicolas Bérubé LA PRESSE

Dans la forêt amazonienne d'Équateur, on trouve des dépotoirs pétrochimiques à ciel ouvert. Les résidus de l'extraction du pétrole souillent la végétation et contaminent la nappe phréatique. Une substance noire semblable à du goudron colle aux mains et aux semelles des bottes.

La compagnie Chevron est accusée d'avoir déversé plus de 68 milliards de litres de produits toxiques dans la région, entre 1964 et 1990, par l'intermédiaire de sa filiale Texaco. Aujourd'hui, plus de 30 000 résidants d'Équateur poursuivent Chevron, dans une cause dont les enjeux ont été évalués à 27 milliards de dollars, soit le plus important procès environnemental de l'histoire.

Les plaignants affirment que la contamination a donné lieu à une hausse marquée des cas de cancer et d'autres maladies. Plus de 1400 résidants locaux seraient morts des suites de la contamination, selon les plaignants, dont la cause a été présentée dans un long reportage à l'émission 60 Minutes à CBS plus tôt ce mois-ci.

Chevron, la troisième plus grande compagnie américaine après Exxon Mobil et Wal-Mart, affirme être victime d'une tentative d'extorsion et d'une campagne de désinformation de la part des paysans en Équateur. Or, la compagnie doit ces jours-ci composer avec un autre groupe de gens mécontents : ses propres actionnaires.

«Il y a un proverbe qui dit: Quand vous êtes dans un trou, la meilleure chose à faire est d'arrêter de creuser, explique Kevin Koenig, organisateur pour le groupe Amazon Watch, qui soutient les plaignants. Dans le cas de Chevron, leur réaction est de faire l'inverse.»

Des actionnaires veulent savoir

M. Koeing note que d'importants actionnaires de Chevron, comme la caisse de retraite californienne CalPERS, comptent questionner le président du groupe pétrolier, David O'Reilly, lors de l'assemblée annuelle des actionnaires, demain, à San Ramon, en Californie.

«Ce n'est pas la première fois que des actionnaires mécontents vont critiquer la compagnie, mais cette année, ce sera plus urgent, dit M.Koeing. Les dirigeants de Chevron ont pris un énorme risque en évitant depuis des années de régler la question de l'Équateur et ce sont les actionnaires qui pourraient en souffrir.»

CalPERS, la plus importante caisse de retraite publique aux États-Unis, a annoncé qu'elle comptait voter en faveur de six propositions qui admettent des manquements au niveau environnemental. Une proposition appelle aussi Chevron à «développer une stratégie à long terme pour réduire de façon significative les gaz à effet de serre». Les dirigeants de la compagnie s'opposent à ces propositions.

Un juge d'Équateur devrait rendre son verdict d'ici la fin de l'année. Chevron a promis de contester en cour d'appel toute décision qui lui serait défavorable. La compagnie a récemment affirmé, dans un communiqué, que le procès était «rempli d'omissions, d'erreurs et de situations de conflit d'intérêts».

Pour sa défense, Chevron a réalisé un document vidéo ayant les apparences d'un reportage journalistique. La compagnie a retenu les services d'un ex-présentateur de CNN, ce qui donne une aura d'impartialité au document. Le publireportage de Chevron a récemment fait l'objet d'une analyse critique dans les pages du New York Times, qui soulignait que le document avait pour effet de tromper les auditeurs.