Bien qu'une majorité d'Américains disent suivre de près l'évolution de la situation en Ukraine, où les tensions demeurent vives, peu d'entre eux peuvent situer le pays sur une carte.

Marc Thibodeau LA PRESSE

Et ce sont les plus confus sur le plan géographique qui sont les plus susceptibles de préconiser l'usage de la manière forte pour mettre fin aux visées expansionnistes du gouvernement russe après le rattachement de la Crimée.

Cette corrélation «déconcertante» a été observée par trois chercheurs américains, qui ont sondé plus de 2000 Américains pour déterminer leurs préférences en matière de politique étrangère.

«Nous n'avons pas encore de réponse définitive» pour l'expliquer, a déclaré hier en entrevue l'un des auteurs de l'étude, Kyle Dropp, qui enseigne au Dartmouth College, dans l'État du New Hampshire.

Il est possible, souligne- t-il, que les personnes pouvant situer correctement l'Ukraine soient mieux informées et, par conséquent, davantage en mesure d'analyser les tenants et aboutissants d'une intervention armée.

Multifactoriel

De façon plus générale, de nombreux facteurs conditionnent le regard des Américains relativement au recours à la force, prévient M. Dropp.

Il évoque notamment la perception de la menace que représente pour les intérêts américains la situation considérée, le coût pressenti tant en termes d'argent que de vies humaines, ainsi que la légitimité «morale» d'une éventuelle intervention militaire.

Les personnes sondées qui avaient la vision la plus imprécise de la position géographique de l'Ukraine avaient également tendance à décrire la Russie comme une menace plus importante pour les intérêts américains que les autres répondants.

Dans le cadre de l'étude, seulement 16% des répondants ont réussi à situer correctement le pays sur la carte. En moyenne, les Américains consultés le plaçaient à 3000 km de sa position réelle, principalement dans une zone bordée par le Portugal à l'ouest, le Soudan au sud, le Kazakhstan à l'est et la Finlande au nord.

Rencontre au sommet

Les conclusions des chercheurs constituent matière à réflexion pour le département d'État américain, qui continue de s'activer sur le front diplomatique dans l'espoir de résoudre la crise suscitée par le rattachement de la Crimée.

Les États-Unis, la Russie, l'Ukraine et l'Union européenne doivent se réunir le 17 avril pour discuter de la situation, mais Washington se montre sceptique sur les chances de réussite de la rencontre.

«Je dois dire que nous n'avons pas d'attentes fortes pour ces pourparlers, mais nous pensons qu'il est très important de laisser ouverte la porte diplomatique», a déclaré la secrétaire d'État adjointe pour l'Europe, Victoria Nuland.

La semaine dernière, l'administration américaine avait sommé Moscou de retirer de sa frontière un vaste contingent de troupes vu comme une menace pour l'Ukraine.

La Russie a répliqué hier en accusant l'OTAN de vouloir positionner d'importantes forces militaires à proximité de son territoire, une affirmation aussitôt démentie par l'alliance atlantique.