Ce matin, la présidente de l'Argentine, Cristina Kirchner, sera le premier chef d'État reçu par le pape François. L'événement pourrait clore un psychodrame qui dure depuis près d'une décennie au pays du tango.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Quand la nouvelle de la nomination de Bergoglio est arrivée mercredi dernier, personne ne savait comment réagir», explique Martino Rigacci, de l'agence Ansa. «Des alliés de Kirchner ont attaqué le nouveau pape. Mais finalement, après un peu d'hésitation, Cristina Kirchner a fini par se réjouir du résultat du conclave. Elle s'est dit qu'elle pouvait affronter le monde entier, mais pas le pape. L'opposition, de son côté, a l'impression d'avoir trouvé son sauveur. Les premiers quartiers à célébrer mercredi ont été ceux de la classe moyenne et aisée.»

Le gouvernement Kirchner - d'abord Nestor puis sa femme Cristina - s'est radicalisé de plus en plus depuis 10 ans, sur un modèle antiaméricain et populiste rappelant le Venezuela d'Hugo Chavez. Le cardinal Bergoglio a multiplié les appels au dialogue entre les partis politiques, et sa dénonciation du faste et des inégalités est vue par les «kirchneristes» comme des attaques contre le train de vie des Kirchner et de leurs alliés.

Diocèse «belliqueux»

Dans un pays profondément catholique, les Kirchner ont même décidé, après les premières sorties de Mgr Bergoglio, de ne pas assister au Te Deum prononcé à la cathédrale de Buenos Aires à l'occasion de la fête nationale, le 25 mai, mais d'aller dans des cathédrales de diocèses moins belliqueux. «Bergoglio a essayé de calmer le jeu en 2007 en changeant de porte-parole, mais il y a encore des relations tendues», indique Francesca Ambrogetti, auteure d'une biographie du nouveau pape.