Un concert de klaxons a retenti dans l'avenue Corrientés, à Buenos Aires, dès que les Argentins ont appris à la radio que le pape élu était un des leurs. Les habitants ont célébré la nouvelle dans un tel tintamarre qu'on aurait cru que l'équipe argentine avait gagné le Mondial de soccer! Dans la cathédrale de Buenos Aires, où Jorge Bergoglio a officié durant plusieurs années comme archevêque, l'annonce a été accueillie par un tonnerre d'applaudissements. L'épiscopat a même décidé de célébrer la messe du soir une heure plus tard, afin de laisser le temps à des centaines de fidèles émus de se rendre à la cathédrale après leur travail.

Olivier Ubertalli, collaboration spéciale LA PRESSE

Dans la rue, les habitants de Buenos Aires se félicitaient du choix des cardinaux et se disaient «fiers». «Je trouve cela très bien qu'il soit un des nôtres», a affirmé Isabelle. Sur le parvis de l'église Jesus de Sacramento, Graciela se disait «heureuse» et espérait que cette élection permettrait «notamment de consolider l'unité latino-américaine, alors que de nombreux courants religieux se transforment en sectes». Déjà, à l'approche du conclave destiné à élire le successeur de Benoît XVI, les prières avaient inondé Twitter. «Oui à un pape latino! Et si possible argentin», commentaient les internautes.

Un évêque dans le métro

Jorge Bergoglio jouit d'une solide réputation en Argentine, notamment parce qu'il vit humblement. Il a par exemple renoncé à la somptueuse résidence de l'archevêché de Buenos Aires pour habiter dans un appartement plus modeste. En outre, il se déplace en utilisant les transports en commun. Il n'est donc pas rare de le croiser dans le métro ou dans le bus.

Pour le père Guillermo Marcó, homme de confiance du pape François, le choix d'un Latino-Américain se justifie par la vitalité de l'Église dans cette partie du monde, où vivent environ 40% des catholiques de la planète. «Jorge Bergoglio est un homme de terrain, qui connaît la dure réalité et va à la rencontre des pauvres», dit-il. Le nouveau pape se rend ainsi fréquemment dans les villas miserias (bidonvilles) de la banlieue de Buenos Aires, où il a doublé le nombre de prêtres.

Selon les fidèles qui le connaissent, «c'est une personne silencieuse qui écoute le double de ce qu'il dit et perçoit bien plus qu'il n'écoute».

Seule ombre à la réputation du jésuite, un livre intitulé Le silence a fait état de rumeurs au sujet du peu d'engagement dont aurait fait preuve Jorge Bergoglio durant la dictature argentine qui a sévi entre 1976 et 1983. On lui reproche en particulier de ne pas avoir protégé deux prêtres de la Compagnie de Jésus, où il travaillait, et qui ont été torturés par les militaires avant d'être relâchés. Ces rumeurs ont cependant toujours été réfutées, et plusieurs les jugent infondées.

PHOTO AFP

Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, avec l'emblème du club de soccer argentin San Lorenzo. Le nouveau pape a la réputation d'être près de la population. Il a notamment renoncé à la résidence de l'archevêché de Buenos Aires.