Le tiers-monde n'a pas eu droit à son pape au conclave de 2005. Sera-t-il plus chanceux cette fois? Certains le souhaitent.

Mis à jour le 13 févr. 2013
Mathieu Perreault LA PRESSE

Raymond Gravel, célèbre curé contestataire du diocèse de Joliette, en fait partie. « Pour le virage de l'Église, on a besoin de revenir aux sources de l'Évangile, a-t-il expliqué à La Presse. Le Christ a mis l'accent sur les pauvres. Je suis allé deux fois au Brésil, une fois au Nicaragua, et j'y ai vu la misère noire. Des filles de 13 ans avec des enfants. Tout ce qu'on peut imaginer de pire. Pour moi, un pape du tiers-monde aurait cette expérience et cesserait de condamner. »

Quelle approche pourrait avoir un pape d'Afrique ou d'Amérique latine? Selon Mgr Guy Charbonneau, missionnaire qui a oeuvré au Honduras pendant 30 ans - il y deviendra d'ailleurs, en avril, évêque de Cholutk - l'accent serait mis sur la « doctrine sociale » de l'Église plutôt que sur les questions de morale sexuelle.

Pas que la contraception

« Les premiers problèmes, c'est la pauvreté, les inégalités, le manque d'emplois », dit Mgr Charbonneau, joint à la Société des missions étrangères, à Laval. « Ça cause de gros problèmes, ça divise les familles à cause de l'émigration. En ce qui concerne les droits des femmes, on parle de violence, du machisme, de la domination de l'homme sur la femme, de la justice, plutôt que de contraception. »

Et l'ordination des femmes? « Il n'est pas question de ça. On parle plus d'accès aux droits de base de la mère de famille, au travail. Ça viendra peut-être un jour, mais pour le moment, l'Amérique latine en général est une société plus conservatrice. »

En 2009, le Vatican avait dû désavouer un évêque brésilien qui avait excommunié une fillette de 9 ans victime de pédophilie dans sa famille et qui avait subi un avortement.

Depuis une dizaine d'années, l'Église anglicane est également aux prises avec une menace de schisme de la part de ses filiales opposées à l'ordination d'homosexuels. Le mouvement est né en Afrique, où plusieurs pays font les manchettes à cause de la violence contre les homosexuels.

Gilles Routhier, recteur de la faculté de théologie de l'Université Laval, note que l'encyclique Humanae Vitae de 1968, qui avait interdit la contraception, avait été bien reçue dans le tiers-monde. « Il y avait des rumeurs de complots de la CIA qui distribuait des contraceptifs pour diminuer la population du tiers-monde pour les affaiblir, précise M. Routhier. C'était l'époque où les grandes agences de santé s'inquiétaient de la surpopulation. Un pape du tiers-monde n'aurait certainement pas beaucoup d'intérêt pour les questions de morale sexuelle qui occupent les discussions chez les catholiques de l'Occident. Il n'y aurait vraiment pas d'urgence de changer quoi que ce soit. »

Avortement

Lors des Journées mondiales de la jeunesse de 2002, à Toronto, une demi-douzaine de cardinaux ont donné des catéchèses dans des églises. Le Nigérian Francis Arinze, alors considéré comme papable, a été le seul à s'attarder presque uniquement aux questions de morale sexuelle, qualifiant l'homosexualité d'« abomination ». Mgr Arinze apparaît encore dans certaines listes de papabili.

« Je ne connais pas les candidats ni les mentalités de ces pays-là, mais au moins, si on a connu la misère, on ne pourrait pas toujours s'exprimer en condamnant, souligne le curé Gravel. C'est sûr que si un pape du tiers-monde ne change pas le discours sur la morale sexuelle, ce n'est pas acceptable. »