Deux Québécoises qui vivaient plusieurs mois par année dans la ville côtière de Grand-Goâve sont mortes écrasées sous leur maison après le tremblement de terre destructeur de mardi, selon des représentants de l'ONG québécoise Action-Haïti.

Émilie Côté LA PRESSE

Comme beaucoup de villes du sud-ouest de Port-au-Prince, Grand-Goâve, située à 40 km de Port-au-Prince, est complètement laissée à elle-même depuis mardi dernier. Aucun secours n'est sur place, mais le gouvernement canadien y a déployé un hélicoptère, hier, pour rapatrier 35 personnes dont un groupe de 17 élèves d'une école secondaire de la Colombie-Britannique.

 

«Nous avons eu un contact de leur part en fin de journée vendredi», a indiqué le ministre de la Défense nationale Peter MacKay, hier matin, lors d'un point de presse. Les 35 ressortissants canadiens ont été rapatriés à l'ambassade canadienne, et devaient rentrer au pays en fin de journée hier.

Plusieurs Canadiens se trouvent toujours à Grand-Goâve. Selon Robert Lamarre et Maryse Bouthillette de l'ONG Action-Haïti, deux Québécoises sont mortes lors du séisme, alors que leurs maris - qui étaient à l'extérieur de leur maison quand la terre a tremblé - sont vivants. (Pour le respect des familles, le ministère des Affaires étrangères ne peut confirmer l'identité des femmes, ni indiquer si elles font partie du bilan officiel des Canadiens morts en Haïti.)

«Elles ont même été enterrées sur place, près d'un palmier, hier, par leurs conjoints», a indiqué à La Presse Mme Bouthillette, dont l'ONG est sise à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Mme Bouthillette se rend deux fois par année à Grand-Goâve, où un pâté d'une dizaine de maisons était habité par des Québécois et des Français avant le séisme. L'orthopédagogue et coopérante connaît par exemple le pasteur chez qui logeaient les 17 jeunes de la Colombie-Britannique.

Les deux Québécoises décédées habitaient à côté de la maison où Mme Bouthillette séjourne en Haïti. «Plusieurs des coopérants d'Action-Haïti louaient un petit deux-pièces chez ces Québécois car leur maison a de l'eau et des toilettes.»

Au cours des derniers jours, Mme Bouthillette a été en contact avec des gens de Grand-Goâve. Elle est bouleversée. «Toute la ville est détruite, rapporte-t-elle. À la télé, je vois qu'on parle des villes environnantes de Port-au-Prince, mais pas de Grand-Goâve.»

«Tous les édifices publics ont été détruits. Les écoles, l'hôtel de ville, la police... ajoute son collègue Robert Lamarre. Il n'y a aucune aide internationale sur place.»

«Ce n'est pas vrai qu'il est mieux de donner de l'argent aux grands organismes. Dans des régions comme Grand-Goâve, ce sont des petits organismes comme nous qui sont présents», souligne-t-il.

Des villes laissées-pour-compte

Comme Grand-Goâve, plusieurs villes du sud-ouest de Port-au-Prince - zone fortement touchée par le séisme - sont laissées à elles-mêmes. Hier, des pompiers de la République dominicaine ont réussi à se rendre à Carrefour (voir les textes de nos journalistes Hugo Meunier et Michèle Ouimet en pages 6 et 7). Médecins sans frontières (MSF) y a démarré des activités médicales d'urgence. Carrefour est «très sérieusement sinistré», souligne MSF sur son site internet.

On en sait très peu sur l'état des lieux plus éloignés de la capitale, que ce soit à Jacmel, Léogâne ou à Petit-Goâve. Ces villes sont très difficiles d'accès. Un premier convoi de secouristes est arrivé hier à Léogâne, l'épicentre du tremblement de terre où vivent 135 000 Haïtiens. Selon l'ONU, 90% des bâtiments sont détruits. La ville est complètement ravagée.

Une autre ville, Jacmel, sur la côte sud d'Haïti, située à 40 km de la capitale, est à moitié dévastée, a aussi rapporté la ministre haïtienne de la Culture, Marie-Laurence Jocelyn-Lassegue.

Pour faire un don à Action-Haïti, appelez au 450-467-3086.