L'attribution de concessions territoriales à des multinationales dans les pays en développement se décide souvent loin des projecteurs, sans véritable transparence, empêchant tout débat approfondi avant qu'il ne soit trop tard.

Publié le 24 mars 2014
MARC THIBODEAU LA PRESSE

Dans le but d'assurer une plus grande imputabilité des entreprises et des États concernés, une coalition d'organisations non gouvernementales a lancé il y a quelques années une initiative novatrice.

Le projet Land Matrix s'est donné pour objectif de recenser les contrats d'allocation de terres conclus depuis l'an 2000 dans les pays désignés comme étant à faible revenu ou à revenu moyen par la Banque mondiale.

Tant les recherches d'ONG que les registres gouvernementaux, les sites d'entreprises et les comptes rendus médiatiques sont mis à profit pour relever les transactions et identifier les acteurs concernés. Le grand public peut aussi soumettre des données qui sont vérifiées et validées avant d'être mises en ligne.

Les chercheurs préviennent que les données recueillies sont, par nature, partielles et incomplètes, et qu'elles sont donc susceptibles d'entraîner une sous-estimation de l'ampleur du phénomène.

Certains pays font preuve d'une plus grande transparence dans le domaine et rendent plus de données disponibles, ce qui peut créer faussement l'impression qu'ils ont conclu un nombre disproportionnellement élevé de contrats relativement à la gestion des terres. Les médias et les chercheurs se concentrent par ailleurs souvent sur certaines régions comme l'Afrique ou certains secteurs d'investissement, ce qui peut aussi biaiser les résultats.

Les auteurs de Land Matrix préviennent à ce titre que les « tendances mises en évidence par la banque de données devraient être considérées comme indicatives » et non définitives.

En plus de donner les tendances globales, le site du projet permet de voir, pays par pays, les entreprises responsables des transactions sur la scène internationale et les États ciblés. On apprend ainsi que des firmes canadiennes ont conclu des transactions dans plusieurs pays africains et en Amérique du Sud.