Si le militaire du plus haut rang des États-Unis a ouvert mardi la porte au recours à des troupes américaines au sol pour combattre l'État islamique en Irak, Barack Obama l'a refermée hier.

Mis à jour le 18 sept. 2014
Richard Hétu LA PRESSE

«Les forces américaines qui ont été déployées n'ont pas et n'auront pas mission de combat», a déclaré le président américain lors d'un discours à Tampa, en Floride, où il a rencontré les responsables du commandement militaire américain du Moyen-Orient et de l'Asie centrale (Centcom).

«Je ne vous engagerai pas, vous et le reste des forces armées, à combattre dans une autre guerre terrestre en Irak», a-t-il ajouté en s'adressant à des soldats de la base aérienne de MacDill.

La veille, le général Martin Dempsey, chef de l'état-major interarmées, avait été beaucoup moins catégorique lors d'une audition devant la commission des forces armées du Sénat américain.

«Pour être clair, si j'arrive à la conclusion que nos conseillers doivent accompagner les troupes irakiennes pour attaquer certaines cibles [de l'EI], je le ferai», a-t-il dit.

Depuis juin, le président Obama a annoncé le déploiement en Irak de quelque 1600 «conseillers» militaires dont la mission officielle consiste à assister les troupes du gouvernement de Bagdad ainsi que les forces de sécurité kurdes irakiennes. En présentant son plan d'action pour détruire l'EI la semaine dernière, il a de nouveau exclu toute participation de soldats américains à des missions de combat en Irak ou en Syrie.

Or, le général Dempsey a fait fi de cette promesse, mardi, en affirmant qu'il pourrait recommander le recours à des troupes au sol si la stratégie américaine ne produisait pas les résultats escomptés. Cette stratégie consiste à appuyer, par des frappes aériennes, les forces irakiennes et les rebelles syriens mobilisés pour lutter contre les djihadistes de l'EI.

Doutes sur le plan d'action

La déclaration du général Dempsey illustre vraisemblablement le scepticisme de la hiérarchie militaire américaine à l'égard de ce plan d'action. Une fissure est déjà apparue lorsque le général Lloyd Austin, chef du Centcom, a recommandé à Barack Obama de déployer, aux côtés des forces de sécurité irakiennes et kurdes, un petit contingent de forces spéciales américaines. Le président a rejeté cette recommandation.

«Ce n'est pas et ce ne sera pas le combat des États-Unis seuls», a-t-il déclaré hier en se félicitant de la participation de plus 40 pays, dont le Canada, à la campagne contre l'EI.

Des parlementaires républicains ont également exprimé des doutes au sujet du plan d'action du président. Plusieurs d'entre eux ont notamment qualifié d'illusoire l'idée de miser sur quelque 5000 rebelles syriens pour combattre l'EI dans leur pays.

«Si l'EI est vraiment une menace pour la sécurité nationale qui doit être éliminée, alors vous devez le détruire. Et tous ceux qui s'y connaissent pensent qu'armer les rebelles ne suffit pas», a déclaré le représentant républicain de Floride Tom Rooney.

À la demande de Barack Obama, la Chambre des représentants a voté hier en faveur d'un plan autorisant le Pentagone à équiper et à entraîner les rebelles syriens dits modérés en Arabie saoudite. Le débat sur cette question a permis à certains élus démocrates d'exprimer leurs propres réserves sur la stratégie du président.

«Les conséquences de ce vote [...] seront un élargissement de la guerre en cours et un engagement accru de notre part dans un conflit sectaire», a déploré la représentante démocrate de Californie Barbara Lee.

Le Sénat devrait tenir un vote aujourd'hui sur le même plan.