Le soldat israélien Gilad Shalit, détenu par le Hamas depuis 2006, est bel et bien rentré chez lui sain et sauf. En échange de la libération de plus de 1000 prisonniers palestiniens, dont 477 ont été relâchés hier.

Janie Gosselin LA PRESSE

Les accolades, les larmes et les cris de joie se sont multipliés, hier matin, devant le quartier général de l'Autorité palestinienne, à Ramallah. Les Palestiniens ont célébré la libération de 477 prisonniers, dans un échange qui a permis au soldat israélien Gilad Shalit, détenu par le Hamas depuis 2006, d'être relâché.

Les yeux remplis d'espoir et d'appréhension, des centaines de personnes ont fixé le balcon sur lequel sont apparus tour à tour les ex-prisonniers. Chaque fois qu'une famille reconnaissait l'un des siens, une petite foule s'élançait à sa rencontre, l'embrassait et le hissait sur les épaules d'un de ses proches.

Du côté israélien, l'émotion était aussi à son comble quand la télévision égyptienne a diffusé des images de Gilad Shalit, pâle et amaigri, durant son transfert par l'Égypte. Des gens de son village de Mitzpe Hila ont éclaté en sanglots à la vue du jeune homme de 25 ans.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a accueilli Gilad Shalit à la base aérienne de Tel Nof, où il a aussi été réuni avec sa famille. «J'ai ramené votre enfant à la maison», a dit le politicien.

Le soldat israélien a dit être en bonne santé et que sa famille et sa liberté lui ont manqué.

Attente

À Ramallah, Raja Abu al-Rabb a pour sa part attendu son frère Ashraf en s'essuyant impatiemment les yeux. Comme de nombreuses familles, ses frères et soeurs et elle ont d'abord patienté plusieurs heures quelques kilomètres plus loin, devant le grillage du point de contrôle qui mène à la prison israélienne d'Ofer, avant d'apprendre que les prisonniers avaient été conduits au quartier général de l'Autorité palestinienne par une autre route.

La famille avait rangé ses drapeaux du Hamas. Si la foule massée devant la prison a fait flotter en grand nombre des drapeaux du mouvement islamique et d'autres groupes rivaux du Fatah, parti du président Abbas, seuls les drapeaux palestiniens étaient bienvenus devant le quartier général, à Ramallah.

Quand elle a finalement aperçu son frère, Raja Abu al-Rabb, venue spécialement de Jordanie pour l'occasion, a eu du mal à contenir son émotion.

«Je n'ai pas les mots, je ne peux pas dire à quel point je suis heureuse», a-t-elle dit à La Presse, son visage encerclé par un hijab bleu.

Son frère Ashraf, emprisonné depuis 11 ans, était partagé. «Je suis content, mais il y a encore beaucoup de Palestiniens en prison. J'ai laissé des amis derrière. C'est une joie teintée, elle n'est pas complète», a dit l'homme de 34 ans, originaire de Jénine et condamné à 35 ans de prison pour son implication dans un groupe armé.

Célébrations à Gaza

La majorité des prisonniers relâchés ont été conduits dans la bande de Gaza, où ils ont été accueillis en héros par une foule estimée par le Hamas à 200 000 personnes.

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme s'est inquiété que 164 prisonniers aient été envoyés dans ce territoire, même s'ils sont originaires de la Cisjordanie ou de Jérusalem-Est, et que 40 aient été envoyés à l'étranger. L'organisation craint qu'il s'agisse de transferts forcés ou d'expulsions si les prisonniers n'ont pas consenti à leur lieu de libération.

La deuxième phase de l'échange, dans laquelle 550 prisonniers supplémentaires devraient être libérés, doit avoir lieu dans deux mois.

Au total, 1027 prisonniers palestiniens seront libérés contre le retour du soldat israélien. Si des ententes semblables ont déjà été conclues dans le passé en Israël, le nombre de détenus relâchés reste le plus élevé jamais consenti par l'État hébreu en échange de la libération d'une seule personne.

Si des familles de victimes d'attentats terroristes se sont opposées à la libération de certains prisonniers responsables de la mort d'un de leurs proches, l'échange a été largement applaudi en Israël, où 79% des gens l'ont appuyé, selon un sondage publié par le quotidien populaire Yedioth Ahronoth.

Après sa libération, le soldat Gilad Shalit a été interviewé par la télévision égyptienne. Voici ce qu'il a dit:

«J'ai toujours cru qu'il y avait une chance [que je sois libéré], mais j'ai aussi cru que je pourrais demeurer dans cette situation pour plusieurs années et c'était un sentiment très désagréable.»

«Je serais très content s'ils [les prisonniers palestiniens] étaient libérés, à condition qu'ils ne retournent pas à leur lutte contre Israël.»

«J'espère que cette entente va promouvoir la paix et ne mènera pas à des conflits militaires entre Israël et les Palestiniens.»