Plus de 200 000 prisonniers politiques sont retenus captifs dans six camps de travail forcé en Corée du Nord, où les détenus doivent fabriquer leurs propres vêtements et chasser des rats pour survivre. Une réalité souvent occultée dans le débat sur la région, rapporte notre envoyé spécial.

Nicolas Bérubé LA PRESSE

La Corée du Nord fait parler d'elle autour du monde pour les provocations nucléaires de son leader Kim Jong-un.

Cette rhétorique masque la réalité d'un État dysfonctionnel de 24 millions de personnes ravagé par la faim, où 200 000 prisonniers politiques vivent dans des conditions de privation extrêmes, explique Kim Yun-Tae, secrétaire général du Réseau pour la démocratie et les droits de l'homme en Corée du Nord (NKnet).

«Les menaces nucléaires font les manchettes, et c'est bien normal, mais la question des droits de l'homme doit être au coeur du débat. Ils sont le talon d'Achille de Kim Jong-un.»

En entrevue avec La Presse dans les bureaux de NKnet, au centre-ville de Séoul, M. Kim note que Kim Jong-un a sans doute décidé d'adopter un ton belliqueux puisqu'il est acculé au pied du mur.

«Il fait ça pour être entendu par Séoul et par Washington. Il veut être pris au sérieux par les puissants. C'est la seule façon qu'il a de maintenir la cohésion du régime.»

Les plus récentes informations venant de la Corée du Nord obtenues par NKnet, le plus important réseau voué à la promotion des droits de la personne dans le pays totalitaire, font état d'un manque aigu de nourriture. Des milliers de citoyens sont mobilisés par le régime pour les entraînements militaires, ce qui prive des usines de travailleurs et exacerbe la pénurie de denrées.

Du chou et des rats

L'organisme estime à 200 000 le nombre de prisonniers politiques retenus captifs dans les camps de travail du régime. Les gens ne mangent que 200 grammes de chou par jour. Les rats sont chassés pour leur viande, et même les rats sont rares. La torture est courante, y compris sur les enfants et les femmes enceintes, battus publiquement. Des exécutions arbitraires s'y produisent régulièrement.

Plus tôt cette année, l'Organisation des Nations unies a créé une commission d'enquête sur la question des droits de l'homme en Corée du Nord - un premier pas constructif, note Kim Yun-Tae.

Il estime toutefois que les États-Unis et la Corée du Sud font fausse route quand ils affirment être prêts à négocier avec Pyongyang, à certaines conditions.

«On ne peut pas négocier avec un tyran. La Corée du Nord ne tient aucune promesse. En voulant éventuellement négocier, l'Occident montre à Kim Jong-un que sa provocation fonctionne. Pyongyang n'abandonnera jamais sa provocation nucléaire, car c'est la seule façon de pouvoir être écouté par les grands.»

Il aimerait plutôt voir les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et la Chine s'asseoir pour trouver des façons de fragiliser le régime de Pyongyang, moins solide qu'on pourrait le croire, dit-il.

«Kim Jong-un a du pouvoir sur le régime, mais il n'a pas un contrôle total. Il y a des gens hauts placés qui pourraient être ouverts à l'idée de faire des réformes. Ces compétiteurs potentiels pourraient créer de l'instabilité, et l'Occident doit les encourager et les soutenir.»

L'un des objectifs de NKnet est d'ailleurs de faire entrer clandestinement un plus grand nombre de livres, de films et de journaux en Corée du Nord.

«Toute information de l'extérieur qui entre en Corée du Nord fragilise l'emprise de Pyongyang», estime M. Yun-Tae.