Le grand congrès sur les agressions sexuelles convoqué cette semaine par le pape Benoît XVI, à Rome, est un exercice de relations publiques, dénoncent les regroupements de victimes. Mais Marie Collins, elle-même victime, a décidé d'y participer. Et elle défend le Vatican.

Mis à jour le 10 févr. 2012
Mathieu Perreault LA PRESSE

«J'ai hésité à venir, mais on m'a assuré qu'on parlerait franchement et que les discussions auraient un impact», explique l'Irlandaise de 65 ans, jointe dans la Cité éternelle par La Presse. «J'ai été particulièrement frappée par le témoignage du responsable de la justice, Charles Scicluna, hier. Il a dit qu'il fallait d'abord et avant tout protéger les enfants et que les évêques devraient rendre des comptes s'ils fermaient les yeux sur les agissements de certains prêtres. Il y a eu des évêques qui ont été punis à cause des scandales de pédophilie en Irlande et ailleurs, mais jamais une telle menace n'avait été adressée au groupe des évêques dans sa totalité. On avait toujours traité les cas problématiques comme des cas isolés.»

Mme Collins a été agressée sexuellement à l'âge de 13 ans par le chapelain de l'hôpital de Dublin, où elle était hospitalisée, loin de ses parents qui habitaient la campagne. Elle a porté plainte en 1996 à l'archevêque de Dublin, Desmond Connell, qui a refusé de sévir contre le prêtre, Paul McGennis. En 1997, le père McGennis a été reconnu coupable de l'agression contre Mme Collins et d'une autre agression contre un enfant. Mgr Connell a demandé publiquement pardon pour sa gestion du dossier McGennis, en 2002, et a pris sa retraite sans être inquiété deux ans plus tard.

Signe que le dossier continue à être délicat, l'Église irlandaise, qui a invité Mme Collins à la conférence de Rome, n'a pas voulu mettre La Presse en contact avec la victime de 65 ans.

Protection des enfants

Mme Collins a-t-elle été témoin de tentatives de minimiser le problème, soit en le présentant comme une vendetta médiatique anticatholique, soit en insistant sur le droit des prêtres à ne pas être présumé coupable? «Non, répond-elle. On a toujours insisté sur la protection des enfants. On n'a pas besoin d'emprisonner un prêtre dès qu'il est accusé, ou de le chasser de l'Église. Il suffit de le retirer de ses fonctions s'il entre en contact avec des enfants de manière isolée. Par contre, on a parlé de la nécessité de défendre la réputation des prêtres injustement accusés, et je suis d'accord avec ça. Pour ce qui est des médias, la plupart des intervenants ont dit que sans eux, l'ampleur du problème n'aurait jamais été connue. Ceux qui connaissent bien le dossier savent que les médias ont joué un rôle fondamental pour défendre les victimes.»

La conférence a été l'occasion de la fondation, à l'Université grégorienne, d'une unité de recherche sur les agressions sexuelles, en collaboration avec des universités américaine et allemande.