Le pape a évoqué samedi à Londres «l'immense souffrance» provoquée par les «crimes innommables» de prêtres pédophiles, à l'avant-dernier jour de sa visite au Royaume-Uni marquée par une manifestation de plusieurs milliers d'opposants.

Mis à jour le 18 sept. 2010
Gildas Le Roux AGENCE FRANCE-PRESSE

Deux à trois mille personnes selon la police, «jusqu'à dix mille» selon les organisateurs, étaient rassemblées vers 13h30 GMT à proximité de Hyde Park, l'immense parc du centre de la capitale où Benoît XVI devait animer en fin d'après-midi une veillée de prières.

Les manifestants doivent défiler jusqu'à Downing Street, impasse privée où se trouve la résidence du premier ministre britannique. Ils répondent à l'appel d'une coalition hétéroclite de défenseurs des droits des homosexuels, de l'ordination des femmes, de laïques protestant contre le coût du déplacement papal (près de 25 millions d'euros).

«C'est scandaleux, l'argent qu'on dépense pour ça», tempêtait Adele MacDonald-Hewson, 62 ans.

«L'opposition du pape aux préservatifs tue», «Chef de la plus grande bande d'abuseurs d'enfants», pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants, qui étaient nombreux à avoir recouvert de fausses mitres.

Barbara Dorris, une Américaine, est quant à elle venue dénoncer les sévices sexuels commis par des membres du clergé, brandissant une photo d'elle, en communiante à sept ans, âge où elle a été maltraitée par un prêtre. «Le pape n'arrête pas de demander pardon mais il n'agit pas», a-t-elle déclaré à l'AFP, en référence à une nouvelle déclaration faite sur le sujet par le souverain pontife dans la matinée.

«De nouveau, je pense à l'immense souffrance provoquée par les abus commis sur les enfants, spécialement au sein de l'Église et par ses ministres», a déclaré Benoît XVI lors d'une messe en la cathédrale catholique de Westminster, principale église des 10% de Britanniques catholiques.

«J'exprime avant tout ma profonde affliction aux victimes innocentes de ces crimes innommables, espérant que la puissance de la grâce du Christ et son sacrifice de réconciliation leur apporteront une profonde guérison et la paix», a-t-il ajouté, visiblement éprouvé au troisième jour d'une visite d'Etat au programme particulièrement chargé pour un homme de 83 ans.

Selon les vaticanistes accompagnant le pape durant cette visite d'Etat, Benoît XVI devrait rencontrer à Londres dans la journée de samedi une dizaine de victimes britanniques. Il a effectué la même démarche lors de précédentes visites à Malte, aux Etats-Unis et en Australie.

Quelque 80 000 personnes sont attendues pour la veillée de prières à Hyde park. Il en coûtera 6 euros pour assister à l'événement, une «contribution financière» voulue par l'Eglise catholique locale afin de tenter d'apaiser les critiques sur le coût du déplacement.

Le souverain pontife n'a pas modifié son parcours malgré l'arrestation de six personnes, vendredi, soupçonnées d'«actes de terrorisme». Les six hommes, qui seraient la plupart Algériens selon les médias, étaient toujours en garde à vue samedi.

L'entourage de Benoît XVI a minimisé l'alerte. «Le pape est heureux du déroulement du voyage et très tranquille», a déclaré samedi matin Federico Lombardi, le porte-parole du Vatican, qui voyage avec le pape. Il a ajouté que «personne ne s'est senti menacé». «Nous n'avons jamais accordé une grande importance à ces arrestations», a-t-il encore indiqué à l'AFP.

Dimanche, le pape s'envolera pour Birmingham, dans le centre de l'Angleterre, pour une messe en plein air consacrée à la béatification du cardinal John Henry Newman, un anglican converti au catholicisme au XIXe siècle.