Le parti islamiste Ennahda a annoncé lundi qu'il disposait d'une large avance aux premières élections libres de la Tunisie, alors que les résultats définitifs du vote pour une assemblée constituante devaient être annoncés officiellement mardi.

Hamida Ben Salah AGENCE FRANCE-PRESSE

L'assemblée sera chargée de rédiger une nouvelle constitution et de désigner un nouvel exécutif jusqu'aux prochaines élections générales.

Ennahda a obtenu la moitié des 18 sièges réservés à la diaspora tunisienne dans la future assemblée constituante, a annoncé la commission électorale Isie, tout en précisant qu'il s'agissait de résultats provisoires.

Sur les 18 sièges sur 217 réservés aux Tunisiens de l'étranger, Ennahda en obtient 9, le Congrès pour la République (CPR, gauche nationaliste) 4, Ettakatol (gauche) 3, le Pôle démocratique moderniste (gauche) 1 et la Liste pour la liberté et le développement (centre) 1.

Fort de son avance, Ennahda a lancé un message pour «rassurer» les partenaires économiques du pays.

«Nous voulons rassurer nos partenaires économiques et commerciaux, ainsi que tous les investisseurs: nous espérons très rapidement revenir à la stabilité et à des conditions favorables à l'investissement», a déclaré à la presse Abdelhamid Jlassi, directeur du bureau exécutif du parti islamiste.

«Les priorités de la Tunisie sont claires: c'est la stabilité et les conditions pour vivre dans la dignité, ainsi que la construction d'institutions démocratiques», a-t-il souligné.

«Nous essaierons d'aboutir à une alliance politique stable au sein de l'assemblée constituante», a-t-il répété, en évaluant le score de son parti «à plus de 25, 30%». «Nous avons eu le plus grand nombre de suffrages» a-t-il affirmé.

Ennahda a également tenu à affirmer lundi soir son engagement à respecter les droits acquis des Tunisiennes et des minorités religieuses en Tunisie.

«Nous respecterons les droits de la femme sur la base du code de statut personnel et de légalité entre les Tunisiens quels que soient leur religion, leur sexe ou leur appartenance sociale», a déclaré à l'AFP Nourreddine Bhiri, membre de la direction du parti islamiste.

«C'est clair qu'Ennahda devance tout le monde dans la grande majorité des circonscriptions», a reconnu Adel Chaouch, membre du bureau politique d'Ettajdid (gauche).

Le mouvement Ettakatol (gauche) de Mustapha Ben Jaafar et le Congrès pour la République (CPR, gauche nationaliste) de Moncef Marzouki se disputent la deuxième place au scrutin, selon les estimations données par ces partis à l'AFP.

«Nous aurons autour de 15% des suffrages, ce qui se traduirait par un minimum de 30 sièges selon des statistiques à l'échelle nationale», a déclaré à l'AFP Khalil Zaouia, numéro 2 d'Ettakatol.

«On espère être les seconds», a déclaré Moncef Marzouki, dirigeant du CPR crédité de 15 à 16% des suffrages, selon des estimations concordantes.

«Ce qui compte, c'est que nous avons désormais une véritable cartographie politique. Le peuple tunisien a assigné à chacun son poids», a déclaré à l'AFP l'ancien opposant en exil.

«Ennahda est certes majoritaire, mais nous sommes deux entités démocratiques Ettakatol et CPR, très faibles au départ mais qui (...) se retrouvent avec une stature nationale pour construire la vie politique, instaurer une modernité rationnelle dans un pays arabo-musulman», a dit à l'AFP M. Zaouia.

Le Parti démocrate progressiste (PDP, centre-gauche) qui était donné par les sondages en seconde position, a pris acte de sa défaite.

«Les tendances sont très claires. Le PDP est mal positionné. C'est la décision du peuple tunisien. Je m'incline devant ce choix. Je félicite ceux qui ont obtenu l'approbation du peuple tunisien», a déclaré lundi à l'AFP sa secrétaire générale Maya Jribi, se rangeant dans le «camp de l'opposition».

«Nous serons toujours là pour défendre une Tunisie moderne, prospère et modérée», a poursuivi la chef du parti qui avait axé sa campagne sur son opposition au parti islamiste.

La Commission électorale (Isie) devait normalement annoncer mardi les résultats définitifs du scrutin historique de la veille.

Neuf mois après le départ de l'ex-président Zine El Abidine Ben Ali sous la pression populaire, plus de 7 millions d'électeurs tunisiens étaient appelés dimanche à élire une Assemblée constituante.

Une chose est certaine, la très forte mobilisation des électeurs tunisiens pour cette élection historique, organisée neuf mois après la révolution qui a déclenché le «printemps arabe».

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon a félicité lundi la Tunisie «pour la façon pacifique et ordonnée» dont s'est déroulé le scrutin, tandis que la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, saluait «le commencement d'une nouvelle ère».

Lundi soir, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a évoqué un «exemple pour la région et le monde» et appelé la future assemblée à travailler de manière «ouverte».