La plupart des gens accueillent leurs proches à l'aéroport en leur souhaitant la bienvenue et en leur faisant un câlin. Pas Nada Basir. Du moins, pas cette fois-ci.

Michelle McQuigge LA PRESSE CANADIENNE

La vice-présidente du Conseil libyen du Canada prévoyait plutôt souligner le retour de son mari à la maison au terme d'un voyage dans leur pays d'origine d'une manière un peu plus sombre mais néanmoins joyeuse: une pancarte en noir et blanc disant simplement «Il est mort!»

Mme Basir a déclaré jeudi que les Libyens du Canada étaient à la fois surpris et heureux d'avoir appris que Mouammar Kadhafi avait été tué par les forces rebelles près de Syrte, ville natale de l'ancien dictateur de la Libye et dernier bastion de son régime.

La dame a ajouté que la possibilité de tourner la page sur ce terrible chapitre de l'histoire de la Libye les remplissait de joie.

Partout au Canada, les Libyens ont appelé leurs amis, planifié des fêtes et exprimé ouvertement leur bonheur par rapport au décès de l'homme qui a régné avec une main de fer sur leur pays d'origine pendant 42 ans et qu'ils accusent d'avoir plongé leur patrie dans une pauvreté abjecte.

La mort de Kadhafi marque la fin d'un violent conflit qui a captivé les Libyens expatriés pendant des mois lorsque la vague de soulèvements populaires du printemps arabe a submergé la Libye et provoqué la guerre qui a poussé le leader libyen à abandonner le pouvoir en août.

Mais le mystère entourant le lieu où il se terrait favorisait un climat d'incertitude quant à l'avenir de la Libye et empêchait le Conseil national de transition d'établir un gouvernement provisoire.

Pour sa part, Sufyan Maghur, le représentant officiel du Conseil au Canada, a raconté qu'il avait fait un détour jeudi matin pour célébrer avec sa mère avant de se rendre au travail.

M. Maghur a déclaré que la nouvelle semblait surréaliste pour la génération qui avait grandi dans l'ombre du régime oppressif.

«C'est une chose avec laquelle j'ai vécu toute ma vie. Je suis né un an avant qu'il ne prenne le pouvoir», a-t-il expliqué. «Nous savions qu'il allait partir mais qu'il soit effectivement parti avec tous ses conseillers, c'est tout simplement incroyable.»

Mais tous les Libyens du Canada n'étaient pas extatiques concernant le décès de Mouammar Kadhafi.

Ibrahim Momen, qui a participé à l'organisation de manifestations en faveur des insurgés à Toronto au début de la guerre civile en Libye, a révélé qu'il était déçu que l'ex-dictateur ne puisse pas être traduit en justice devant le peuple qu'il avait tyrannisé.

«S'il était vivant, justice serait faite, a-t-il tranché. Il subirait un procès et il aurait à répondre de tout ce qu'il a fait durant les 42 dernières années à la population libyenne et à celle d'autres pays. Je ne pense pas qu'il est un criminel seulement pour les Libyens. Il est un criminel pour le reste du monde.»

Toutefois, la plupart des Libyens étaient tout simplement contents que Kadhafi soit de l'histoire ancienne.

«Lorsque je vois Kadhafi, la seule chose à laquelle je pense c'est les centaines de milliers de personnes qui ont été affectées par lui: les 30 000 personnes qui ont été tuées, les femmes qui ont été violées, les enfants qui sont devenus orphelins à cause de sa brutalité, a confié Nada Basir. Aussi triste que sa mort puisse être, je pense que c'est bon pour le monde.»