La mort annoncée de Kadhafi et la chute de Syrte devraient entraîner l'OTAN à mettre prochainement un terme à l'opération Protecteur unifié, une mission considérée comme «un succès», en particulier pour les pays européens qui l'ont conduite.

Jérôme Rivet AGENCE FRANCE-PRESSE

Une grande prudence restait de mise jeudi en début de soirée au siège de l'OTAN à Bruxelles, qui n'avait pas réagi officiellement à la brusque accélération de la situation sur le terrain.

L'Alliance cherchait en particulier à confirmer les circonstances de la mort de Mouammar Kadhafi, annoncée par des responsables du Conseil national de transition (CNT), a indiqué un porte-parole.

Selon les informations disponibles, des avions de l'Alliance ont joué un rôle majeur dans les événements dans la ville natale de Kadhafi.

Un porte-parole du CNT a indiqué que les appareils de l'OTAN ont bombardé un convoi «alors qu'il fuyait Syrte».

Le colonel Roland Lavoie, porte-parole de l'opération Protecteur unifié, a précisé que l'OTAN avait pris pour cible «deux véhicules des forces pro-Kadhafi à environ 8h30 (2h30, heure de Montréal)», car ce convoi «menait des opérations militaires et présentait une menace claire pour les civils».

Ces avions français ont «stoppé» le convoi mais ne l'ont pas détruit, selon le ministre français de la Défense, Gérard Longuet. Des combattants libyens sont ensuite intervenus et ont sorti le colonel Kadhafi de l'un des véhicules, selon lui.

Pour l'OTAN, la chute de Syrte, qui résistait depuis des semaines, représente «une étape décisive» en vue de la fin du conflit, a indiqué un diplomate.

Les responsables militaires de l'OTAN, sous la direction de l'amiral américain James Stavridis, devraient dresser vendredi un état des lieux de la situation, évaluant notamment si le CNT est en mesure d'assurer la sécurité, selon une source militaire.

Sur la base de cet examen, un conseil des ambassadeurs des 28 pays de l'OTAN, qui est l'instance habilitée à prononcer la fin de l'opération, se réunira à Bruxelles.

Ce conseil avait prôné la prudence ces dernières semaines sous l'influence de la France et du Royaume-Uni, soucieux de «terminer le travail», alors que d'autres pays pressaient pour mettre fin à un conflit qui pèse, en hommes comme en coûts.

Leur avis est prépondérant, car «les deux alliés ont été les deux principaux acteurs politiques et militaires de cette guerre de dimension limitée dans laquelle ils n'avaient rien à gagner mais beaucoup à perdre en terme de réputation», ont résumé les experts de l'institut britannique Rusi dans un récent rapport.

L'OTAN a engagé des moyens maritimes et aériens en Libye depuis le 31 mars, prenant le relais de l'opération lancée deux semaines plus tôt par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis à la suite d'une résolution des Nations unies sur la protection des civils. Plusieurs pays, comme l'Allemagne ou la Pologne, ont refusé d'y participer.

Huit des 28 pays de l'OTAN ont participé aux missions aériennes aux côtés de pays arabes comme les Émirats arabes unis et le Qatar. Quelque 26 089 sorties aériennes ont été effectuées depuis le 31 mars, dont 9618 dites «offensives», selon un bilan communiqué jeudi matin par l'Alliance.

«La mission a été rapide, flexible et efficace», a récemment estimé le secrétaire général de l'Alliance Anders Fogh Rasmussen, tout en soulignant que cette première opération de l'OTAN menée par des Européens et non les Américains avait mis en lumière d'inquiétantes lacunes en terme d'équipements militaires.