Le b.a.-ba du conflit syrien

Des bâtiments détruits par l'armée syrienne à Alep.... (Photo Narciso Contreras, archives ASSOCIATED PRESS)

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Des bâtiments détruits par l'armée syrienne à Alep.

Photo Narciso Contreras, archives ASSOCIATED PRESS

Crise humanitaire. Destruction. Chaos. Plus le conflit syrien s'embourbe, plus la situation semble compliquée et moins on s'y retrouve. Qui est avec qui? Qui veut quoi? Où est-ce que ça s'en va? Alors que la guerre entre dans sa quatrième année, La Presse revient sur les grandes lignes du conflit.

Comment le conflit a-t-il commencé?

Tout commence en février 2011 dans la ville de Deraa, située au sud de la capitale Damas. Dans la foulée du Printemps arabe, des manifestants réclament la libération de 15 adolescents, emprisonnés pour avoir écrit des graffitis contre le régime de Bachar al-Assad. Le 15 mars, les protestations s'étendent au reste du pays. La répression est rapide. Et musclée. Trois jours plus tard, il y a des morts. Ce qui avait commencé comme des protestations pacifiques se transforme très vite en conflit armé. L'arrivée sur le terrain de combattants islamistes financés par le Qatar et l'Arabie saoudite, dont le programme politique dépasse largement les revendications prodémocratiques des manifestants de la première heure, envenime la situation. La table est mise pour la guerre civile.

Qui appuie les rebelles?

Principalement le Qatar, l'Arabie saoudite, la Turquie, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne. Le Qatar et la Turquie sont les amis des Frères musulmans syriens, qui n'ont jamais pardonné au père d'Assad de les avoir réprimés dans le sang en 1982. En Syrie, 70% de la population est sunnite, principale branche de l'islam. L'Arabie saoudite, grand défenseur des intérêts sunnites au Moyen-Orient, veut dégommer le régime d'Assad qui est pour sa part chiite, plus précisément alaouite. Le royaume saoudien rêve de le remplacer par des sunnites, et ainsi contrecarrer la menace de l'Iran, qui est la grosse puissance chiite de la région. Parce que les États-Unis s'opposent à l'Iran, ils appuient les démarches de l'Arabie saoudite. La France et la Grande-Bretagne souhaitent aussi le démantèlement de l'alliance chiite Iran-Syrie-Hezbollah, qui va contre leurs intérêts.

Qui soutient le régime syrien?

En gros, l'Iran, le Hezbollah libanais et la Russie. L'Iran et la Syrie ont une alliance stratégique depuis 1979. Les deux gouvernements diffèrent sur le plan idéologique (l'un islamiste, l'autre laïque), mais les deux sont dirigés par des chiites. Cette alliance permet aux Iraniens d'avoir un accès à la Méditerranée et plus d'emprise sur la région. Les Iraniens, comme le Hezbollah libanais, également chiite, appuient Assad sur le plan politique, logistique ou militaire. «Tant que l'Iran ne le lâche pas, Assad est très fort, souligne Henri Habib, professeur de science politique à l'Université Concordia. Si l'Iran le lâche, c'est fini pour lui.»

Amie de l'Iran, la Russie appuie également Assad au nom d'une vieille alliance stratégique impliquant des contrats d'armements et un accès à la base navale de Tartous, qui lui donne une fenêtre sur la Méditerranée. Pour la Russie, c'est aussi une question de sécurité nationale. Elle craint qu'une victoire des groupes islamistes ne se retourne contre elle, avec le retour appréhendé des djihadistes tchétchènes qui ont rejoint la rébellion.

Les rebelles s'entretuent. Pourquoi?

L'opposition au régime de Bachar al-Assad est extrêmement morcelée et divisée, ce qui l'affaiblit grandement. Sur le plan politique, son acteur le plus important est la Coalition nationale pour la révolution syrienne. Mais cette organisation, basée à l'étranger, a peu de légitimité et d'influence en Syrie. Son pendant militaire est l'Armée syrienne libre, composée notamment d'anciens soldats de l'armée syrienne. Mais cette armée a moins de poids sur le terrain que les groupes islamistes comme le Front al-Nosra (affilié à Al-Qaïda) et l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), avec lesquels elle est à couteaux tirés. Un autre obstacle pour la rébellion est que les djihadistes ont des programmes et commanditaires divergents et que leurs rivalités s'accentuent au fur et à mesure que le conflit s'englue. Enfin, n'oublions pas la prolifération de groupes armés parallèles, qui ajoutent à la complexité de la mosaïque rebelle. Selon certains analystes, il y aurait quelque 2000 groupes différents sur le terrain.

Quel est le rôle des grandes puissances dans le conflit?

Russie et États-Unis s'affrontent par partenaires interposés dans la guerre en Syrie. La résolution du conflit passera donc par une entente entre ces deux grandes puissances. Au Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie et la Chine ont opposé leur veto trois fois à des résolutions occidentales visant à faire pression sur le régime syrien. Russie et États-Unis se sont toutefois entendus sur un point: éliminer les armes chimiques en Syrie sur la base des engagements pris par le gouvernement de Bachar al-Assad, après l'attaque au gaz sarin du 21 août 2013, qui avait fait plusieurs centaines de morts à Ghouta dans les faubourgs de Damas. La destruction des armes chimiques serait réalisée à plus de 40%.

Jusqu'à quel point le conflit syrien a-t-il fait tache d'huile sur la région?

Tous les pays limitrophes sont impliqués d'une façon ou d'une autre dans la guerre en Syrie. Or, le conflit ne s'est toujours pas généralisé. Le Liban n'est pas retombé dans la guerre civile, même si l'afflux de réfugiés syriens a accentué les tensions. Après avoir accueilli 700 000 réfugiés syriens et servi de zone de transit pour les forces rebelles, la Jordanie a recommencé à fermer ses frontières. La Turquie a rétabli ses relations avec l'Iran, après avoir appuyé les rebelles islamistes et observé quelques troubles à sa frontière.

Quel est le bilan humanitaire?

Affreux. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, le conflit syrien aurait fait 140 000 morts jusqu'ici, dont 50 000 civils, parmi lesquels plus de 7600 enfants et plus de 5000 femmes. On compterait en outre 33 000 morts chez les rebelles, incluant les factions djihadistes. Pour les forces du régime, les chiffres s'élèveraient à 54 000 morts. La guerre aurait en outre déplacé 3,5 millions de civils à l'intérieur du pays, chiffre qui pourrait doubler d'ici la fin de l'année, selon l'ONU. Plus de 2 millions de Syriens ont aussi trouvé refuge à l'étranger.

«C'est une des grandes crises humanitaires des XXe et XX1e siècles, résume Jabeur Fathally, professeur à l'Université d'Ottawa. La Syrie se retrouve 100 ans en arrière. La tâche de reconstruction va être colossale. Ça va nécessiter des dizaines d'années. Panser les blessures, ça va prendre encore plus.»

Pourquoi les négociations de paix n'ont-elles pas abouti?

Les conférences de Genève (I et II), tenues en 2012 et au début de 2014, se sont soldées par une impasse politique. Cet échec s'explique par des positions irréconciliables au sujet d'un éventuel gouvernement de transition: l'opposition réclame le départ pur et simple d'Assad, alors que le régime exclut cette option. Plusieurs insistent actuellement sur la poursuite du dialogue. Parce qu'elle ne parvient pas à prendre le dessus sur le terrain, l'opposition aura toutefois du mal à imposer ses exigences. «Pourquoi le gouvernement ferait-il des concessions à des gens qui ne sont pas capables d'obtenir quelque chose par la voie des armes?», demande Houshang Hassan-Yari, professeur de science politique au Collège royal militaire du Canada. La division des groupes rebelles est un autre problème. Si l'Armée syrienne libre est le bras armé de l'opposition syrienne «officielle», ce n'est pas elle qui domine sur le terrain, mais plutôt les djihadistes, qui ont le même objectif, mais un autre programme. «Ça fait partie du problème, explique Jabeur Fathally. On est en train de discuter avec des leaders politiques qui n'ont pas d'influence sur le terrain. Comment sortir de ce bourbier alors que ceux qui parlent ne sont pas ceux qui décident?»




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