Les États-Unis ont annoncé jeudi une aide supplémentaire de 60 millions de dollars à l'opposition syrienne et pour la première fois des aides directes, sans toutefois franchir le pas de la livraison d'armes, lors d'une conférence internationale à Rome.  

Nicolas REVISE et Karim TALBI AGENCE FRANCE-PRESSE

«Les États-Unis vont fournir 60 millions de dollars d'aide non létale pour soutenir les efforts de la Coalition de l'opposition syrienne», a déclaré le secrétaire d'État américain John Kerry lors d'une conférence de presse après avoir rencontré pour la première fois le chef de la Coalition nationale syrienne, Ahmed Moaz al-Khatib.

«Il y aura une aide directe» aux rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) sous forme d'«aide médicale et de nourriture», a ajouté M. Kerry, tout en se disant favorable à une «solution politique».

«Tous les Syriens doivent savoir qu'ils peuvent avoir un futur», a-t-il martelé.

«La Coalition de l'opposition peut réussir à mener une transition pacifique», a estimé le responsable américain.

Auparavant, les onze pays de la conférence des «Amis du peuple syrien», dont les États-Unis et les Européens, avaient promis «plus d'aide politique et matérielle» à l'opposition syrienne.

«Les ministres ont promis plus de soutien politique et matériel à la Coalition (nationale syrienne), représentant unique et légitime du peuple syrien et à apporter plus d'aide concrète à l'intérieur de la Syrie», écrivent les ministres dans un communiqué.

Les ministres «ont souligné la nécessité de changer l'équilibre du pouvoir sur le terrain» et ont «déploré les livraisons continues d'armes au régime (du président Bachar al-Assad) par des pays tiers, une critique de la Russie qui continue de livrer armes et munitions à Damas.

Plus tôt dans la matinée, MM. Kerry et Khatib ont eu environ une heure d'entretien dans un grand hôtel de la capitale italienne.

La réunion des «Amis du peuple syrien» s'est tenue toute la matinée dans une villa de Rome. Outre l'opposition syrienne, participaient onze pays: États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Turquie, Égypte, Jordanie, Arabie saoudite, Qatar et Émirats arabes unis, qui soutiennent les opposants au président Bachar al-Assad.

Le secrétaire d'État américain, pour qui la réunion de Rome est le point d'orgue de sa tournée en Europe, avait plaidé mercredi à Paris pour une augmentation de l'aide à la rébellion et pour «accélérer la transition politique» en Syrie.

La communauté internationale a mis Damas et l'opposition sous pression pour qu'ils amorcent des négociations afin de trouver une issue à la guerre, qui a fait 70 000 morts en deux ans.

Jeudi en visite à Moscou, le président français François Hollande a déclaré espérer une «solution politique» rapide pour mettre fin à l'escalade du conflit en Syrie, un thème qu'il entend aborder avec son homologue russe Vladimir Poutine.

«Je pense que dans les prochaines semaines nous pourrons trouver une solution politique qui permettra de mettre fin à l'escalade du conflit» en Syrie, a déclaré M. Hollande dans une interview à la radio Écho de Moscou, selon des propos traduits du russe.

Le président français a ajouté avoir «constaté des progrès» en faveur d'un dialogue politique entre le régime de Damas et l'opposition.

M. Kerry avait réussi à convaincre en début de semaine le chef de l'opposition syrienne de revenir sur son boycott de ce rendez-vous à Rome. M. Khatib voulait protester contre l'inaction internationale face au conflit.

Les Américains s'en tiennent depuis des mois à une aide «non létale» à la rébellion, la Maison-Blanche refusant toute assistance militaire. Mais le gouvernement de Barack Obama a été divisé à l'été 2012 sur l'opportunité ou non d'armer la rébellion.

En avril 2011, Washington avait débloqué 25 millions de dollars pour de l'aide et des équipements «non-létaux» aux rebelles libyens combattant l'armée de l'ancien dictateur Mouammar Kadhafi. Cette aide comprenait rations militaires, gilets pare-balles, uniformes, tentes, jumelles, radios et équipements médicaux.

Avant Rome, M. Kerry avait rencontré à Berlin son homologue russe Sergueï Lavrov.

Moscou a pressé cette semaine l'opposition et le régime syrien d'entamer un dialogue. Damas s'est dit prêt à discuter, même avec des groupes armés, une offre rejetée par la rébellion tant que M. Assad ne sera pas parti.

Sur le terrain, la violence ne marque pas de pause

Sur le terrain, les rebelles syriens se sont emparés à l'aube de la mosquée des Omeyyades dans le centre d'Alep, joyau historique et prise hautement symbolique.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), les forces loyalistes se sont retirées dans les immeubles environnants et les combats se poursuivent autour du Palais de Justice et près de la place Saba'a Barhat.

Par ailleurs, un attentat à la voiture piégée a fait un nombre indéterminé de morts et de blessés jeudi à Homs, une ville du centre de la Syrie dévastée par les combats entre rebelles et soldats, a rapporté l'agence officielle Sana en l'attribuant à des «terroristes».

En Syrie, 12 civils, dont quatre membres d'une même famille, sont morts sous la torture en prison après leur arrestation à Damas, a affirmé jeudi l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Ailleurs dans le pays en guerre depuis bientôt deux ans, les combats entre soldats et rebelles se poursuivent sans relâche sur plusieurs fronts - Alep (nord), Homs, Damas, Deraa (sud) notamment, en l'absence de toute perspective de règlement politique.