L'opposition syrienne a annoncé son intention de former un gouvernement chargé de gérer les territoires contrôlés par les rebelles en Syrie, dont la deuxième ville, Alep, a été frappée par plusieurs missiles, faisant au moins 29 morts et plusieurs dizaines de blessés.                

AGENCE FRANCE-PRESSE

En réaction à ces tirs, la Coalition de l'opposition a d'autre part affirmé samedi matin dans un communiqué qu'elle suspendait sa participation à la prochaine réunion le 28 février à Rome des Amis du peuple syrien «en protestation contre le silence international sur les crimes commis contre le peuple syrien».

Dans le texte, la Coalition annonce également qu'elle ne se rendra plus en Russie et aux États-Unis.

«Nous demandons aux peuples du monde entier de considérer la semaine du 15 au 22 mars, anniversaire de la révolution syrienne, semaine de deuil et de protestation dans le monde».

Les Amis du peuple syrien rassemblent plus d'une centaine de pays occidentaux et arabes, organisations internationales et représentants de l'opposition syrienne.

Les violences d'Alep interviennent au lendemain de la mort à Damas d'une centaine de personnes dans une série d'attentats, les plus meurtriers dans la capitale depuis le début du conflit en mars 2011 et qui ont été qualifiés de «crime de guerre» par le médiateur international Lakhdar Brahimi.

«Nous nous sommes mis d'accord sur la nécessité de former un gouvernement pour gérer les affaires dans les territoires libérés», a annoncé à l'AFP Walid al-Bounni, porte-parole de la Coalition nationale de l'opposition, réunie depuis jeudi au Caire.

M. Bounni a espéré que ce gouvernement pourra être basé dans les territoires aux mains des rebelles, qui contrôlent de larges secteurs du nord et de l'est du pays.

La Coalition se réunira le 2 mars à Istanbul, en Turquie, pour décider de la composition de ce cabinet «provisoire» et choisir son chef «en dehors des membres de la Coalition», a-t-il dit plus tard lors d'une conférence de presse.

«Nous avons besoin d'un gouvernement de technocrates», a-t-il ajouté.

La Coalition a également réclamé dans un communiqué «des garanties internationales du Conseil de sécurité (de l'ONU), surtout de la Russie et des États-Unis», pour faire réussir un règlement politique.

L'opposition était réunie pour discuter notamment de la proposition de son chef, Ahmed Moaz al-Khatib, d'entamer des discussions directes avec des représentants du régime n'ayant pas «de sang sur les mains».

M. Khatib avait précisé que tout dialogue devait nécessairement porter sur le départ du président Bachar al-Assad. Le régime syrien avait répliqué en se disant prêt à dialoguer avec l'opposition mais sans «conditions préalables».

L'offre de M. Khatib avait reçu l'aval des États-Unis, de la Ligue arabe et des deux alliés de la Syrie, la Russie et l'Iran. Mais le Conseil national syrien (CNS), principale composante de la Coalition que préside M. Khatib, l'a rejetée.

Nouveaux tirs de missiles sur Alep

M. Brahimi a suggéré dimanche qu'un dialogue entre l'opposition et une délégation «acceptable» du régime de Damas se tienne dans un siège de l'ONU.

Il a en outre appelé jeudi Moscou et Téhéran à faire pression sur leur allié syrien en vue de s'asseoir à la table du dialogue, des propos rejetés vendredi par Damas qui a estimé que la Syrie était un pays «souverain».

Sur le terrain, trois missiles tirés sur le quartier de Tariq al-Bab, dans l'est d'Alep (nord), ont fait au moins 29 morts, dont des enfants, et 150 blessés, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Cette ONG, qui s'appuie sur un large réseau de militants et de sources médicales civiles et militaires en Syrie, craint cependant de voir le bilan s'alourdir, de nombreuses habitations ayant été détruites et des victimes pouvant encore se trouver sous les décombres.

Lundi, 33 personnes avaient été tuées et des dizaines d'autres blessées par la chute d'un missile sur un autre quartier d'Alep, selon l'ONG.

Ces attaques interviennent au lendemain d'un attentat à Damas près de l'entrée du siège du parti Baas, au pouvoir depuis un demi-siècle, et de trois autres ayant visé des sièges des services de sécurité, selon l'OSDH.

M. Brahimi a dénoncé un «crime de guerre», parlant d'un bilan d'environ cent morts et 250 blessés. L'OSDH a fait état de 83 morts.

La haute représentante de la diplomatie européenne Catherine Ashton a condamné vendredi l'attentat de Damas, estimant qu'un «processus politique crédible» devait mettre fin à l'effusion de sang en Syrie.

Plusieurs attentats ayant frappé ces derniers mois Damas avaient été revendiqués par les jihadistes du Front Al-Nosra.

Comme tous les vendredis depuis le début de la révolte, de nombreux Syriens ont manifesté contre le régime à travers le pays, bravant les violences qui ont fait 99 morts selon un bilan provisoire de l'OSDH, contre 290 jeudi.