Le président contesté du Yémen Ali Abdallah Saleh est rentré à Sanaa après plus de trois mois d'absence et appelé en vain à une trêve dans les combats entre ses adversaires et ses partisans, qui ont fait 25 nouveaux morts vendredi.

Hammoud Mounassar AGENCE FRANCE-PRESSE

Les États-Unis ont appelé M. Saleh, qui s'accroche au pouvoir malgré la contestation populaire, à «engager une transition complète du pouvoir» et à organiser une élection présidentielle avant la fin de l'année.

La France a également demandé au président yéménite de «mettre en oeuvre rapidement le plan de sortie de crise» élaboré par le Conseil de coopération du Golfe qu'il a jusqu'ici refusé de signer, afin de «permettre une transition pacifique et ordonnée du pouvoir».

Dès son retour surprise, M. Saleh, qui était soigné en Arabie saoudite après avoir été blessé dans une attaque le 3 juin contre son palais à Sanaa, a appelé «toutes les parties politiques et militaires à un cessez-le-feu», selon l'agence officielle Saba. «Il n'y a aucune autre solution que le dialogue et les négociations pour arrêter l'effusion du sang et parvenir à un règlement».

«Je suis venu un rameau d'olivier à la main», a encore affirmé le président, dont le fils aîné, Ahmed, commande la garde républicaine, fer-de-lance des troupes engagées dans les combats contre ses adversaires.

La situation s'est relativement calmée en début d'après-midi, mais de violents combats ont repris en soirée, notamment dans le centre de Sanaa.

Dans la nuit, l'armée a lancé une violente attaque aux différents types d'armes et aux obus contre la place du Changement à Sanaa, foyer de la contestation, tuant au moins cinq protestataires, selon des témoins et une source médicale.

Ce bilan porte à 25 le nombre des tués vendredi et à 120 depuis le déclenchement d'une vague de violences dimanche dans la capitale.

Les forces loyalistes à M. Saleh ont tenté de donner l'assaut à la place du Changement, pilonnée de toutes les directions, ont affirmé des protestataires sur place, ajoutant que des tentes avaient pris feu dans le sud de la place.

Simultanément, des accrochages ont repris tard dans la nuit à Al-Hassaba, un autre quartier du nord de Sanaa entre les forces de sécurité et des partisans du puissant chef tribal cheikh Sadek al-Ahmar, selon des habitants.

Dans la journée, des affrontements entre tribus rivales à Al-Hassaba ont fait 18 tués, selon un site d'information du parti islamiste Al-Islah.

À Taëz (270 km au sud-ouest de Sanaa), une personne a été tuée et deux blessées dans la chute d'obus sur la place de la Liberté où campent des opposants réclamant la démission de M. Saleh alors qu'un hôtel a pris feu, a-t-on appris auprès de protestataires.

M. Saleh, au pouvoir depuis 1978 et accusé de corruption et de népotisme, est confronté à un mouvement de contestation populaire dans les principales villes du Yémen depuis janvier.

Selon l'agence Saba, il doit prononcer «un important discours à l'adresse du peuple à l'occasion du 49e anniversaire de la révolution du 26 septembre» qui a marqué l'instauration de la république au Yémen.

À l'annonce de son retour surprise par la télévision d'État, des tirs de joie ont été tirés dans les quartiers du sud de la capitale, contrôlés par les brigades de l'armée qui lui sont restées fidèles.

Des milliers de ses partisans se sont rassemblés sur la rue Sabiine, jouxtant le palais présidentiel, et prié pour 21 militaires, dont les cercueils ont été exposés à la foule, avant de répéter des slogans à la gloire du président.

À quelques kilomètres de là, des dizaines de milliers de contestataires se sont rassemblés sur la rue Sittine, jouxtant la place du Changement à Sanaa où ont été placés les cercueils de 40 personnes tuées dans les combats pour une prière collective.

«Le peuple veut que le boucher soit traduit en justice», répétaient-ils.