La communauté internationale a «l'obligation morale» de protéger la population libyenne contre les actes brutaux auxquels se livre le régime de Mouammar Kadhafi pour se maintenir au pouvoir, estime le premier ministre Stephen Harper.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

M. Harper a ainsi confirmé vendredi l'envoi par le Canada de six chasseurs CF-18 en direction de la Libye afin de faire respecter l'interdiction de vol au-dessus du territoire libyen, quitte à utiliser la force, comme le stipule la résolution adoptée jeudi soir par le conseil de sécurité des Nations unies.

Les six avions sont partis vendredi après-midi de la base militaire de Bagotville et rejoindront le navire NCSM Charlottetown, qui se trouve déjà dans la région de la Libye. Ils manoeuvreront aux côtés d'avions britanniques et français pour s'assurer que la résolution du Conseil de sécurité soit respectée par les autorités libyennes et pourraient participer à des frappes aériennes contre des cibles militaires au besoin.

«Soit l'on croit en la liberté, soit l'on ne fait que dire croire en la liberté. La population libyenne a démontré, par ses sacrifices, qu'elle y croit. Aider la population libyenne est une obligation morale pour ceux et celles d'entre nous qui professent ce grand idéal», a soutenu vendredi M. Harper en confirmant l'envoi des avions canadiens. Le premier ministre s'est d'ailleurs envolé vendredi soir en direction de Paris afin de participer samedi à une réunion de certains leaders sur la situation en Libye.

Troupes

Le chef d'état-major de la Force aérienne du Canada, le lieutenant général André Deschamps, a précisé qu'environ 150 militaires des bases de Bagotville et Trenton se rendront aussi dans la région au cours des prochaines heures pour participer à une éventuelle opération.

«Si le colonel Kadhafi ne se conforme pas à la résolution du conseil de sécurité, les Forces armées canadiennes, travaillant avec d'autres pays aux vues similaires, vont faire respecter cette résolution», a déclaré vendredi Stephen Harper.

Le premier ministre a informé les chefs des trois partis de l'opposition vendredi des intentions de son gouvernement. La Chambre des communes doit débattre de cette question lundi. M. Harper a promis de tenir un vote aux Communes si le déploiement doit se prolonger au-delà de trois mois.

«Depuis le début de la crise en Libye, le Canada a adopté une position forte et décisive. En travaillant étroitement avec nos alliés, nous avons évacué les citoyens canadiens, mis en place des sanctions sévères, et exhorté le régime Kadhafi d'arrêter le bain de sain et de démissionner immédiatement. Malgré ces mesures, la situation en Libye est demeurée intolérable», a affirmé M. Harper.

«Nous sommes encouragés par une nouvelle de dernière heure qu'en réponse à une menace d'intervention militaire, le régime a déclaré un cessez-le-feu. Toutefois, pour que cette menace d'intervention demeure crédible, des forces militaires adéquates doivent être en place. Nous irons donc de l'avant avec notre déploiement», a dit M. Harper.

Les partis de l'opposition ont appuyé la décision du gouvernement Harper de déployer des CF-18. «Ça fait deux semaines qu'on réclame une zone d'exclusion aérienne. Nous sommes encouragés par la décision unanime du Conseil de sécurité de l'ONU pour la mise en oeuvre de cette décision. Ça aurait peut-être été mieux si le Canada avait siégé au Conseil de sécurité, mais on a perdu le siège», a affirmé le libéral David McGuinty.

«Je pense qu'on a eu des leçons dans le passé que si la communauté internationale laisse faire un homme comme Kadhafi, il va y avoir des massacres de civils. Il faut maintenant intervenir. Je dirais même qu'il est tard un peu. Mais la diplomatie internationale étant ce qu'elle est, la décision a été prise et elle est même plus large que ce qu'on pensait», a dit pour sa part le bloquiste Pierre Paquette.

- Avec Malorie Beauchemin et La Presse canadienne