Diabaly a été le théâtre de violents combats contre les islamistes. C'est maintenant une ville fantôme piégée, entourée de rizières.

Mis à jour le 21 janv. 2013
Marc-André Boisvert, collaboration spéciale LA PRESSE

Aminata Sambé a marché six jours, un bébé à califourchon sur le dos et deux enfants de 4 et 7 ans, pieds nus, à la main. Dès qu'elle a entendu les tirs, elle a quitté Diabaly. «J'ai eu peur», dit-elle, épuisée, couverte de poussière. Elle doit encore marcher quelques kilomètres pour rejoindre la maison de son père. Un bon samaritain paie pour faire monter la famille à bord d'un bus bondé.

Les réfugiés défilent au poste de contrôle à la sortie du pont de Niono. Ils arrivent d'une route défraîchie en provenance de Diabaly, à une soixantaine de kilomètres au nord. Un minibus rempli de gens effrayés suit Aminata. «Il n'y plus personne là-bas. Tous ont fui», raconte un des occupants.

Lundi dernier, la coalition de mouvements djihadistes qui contrôle le nord du Mali a tenté de faire une percée dans le sud du pays. Ils arrivaient de la frontière de la Mauritanie. Un mouvement de panique a gagné la région. Au centre de santé de Niono, le Dr Moussa Modibo Diarra reçoit les blessés de Diabaly. Les quelques bâtiments vétustes traitent les blessés légers, surtout des réfugiés et des soldats hospitalisés pour déshydratation et paludisme. Dans les dernières 24 heures, il a envoyé au centre de santé régional, à 120 km de là, un garçon à la jambe déchiquetée et un homme blessé par balle au ventre. Il est mort avant d'atteindre l'ancienne capitale coloniale.

Une balle a transpercé la jambe de Maxwell Owura, en plein coeur de Diabaly. «Je suis sorti pour aller acheter à manger. J'ai vu des gens courir. Puis on m'a tiré dessus. Je me suis réfugié chez moi et j'ai appelé un ami.» Le coiffeur a finalement atteint Niono cinq heures plus tard, sur la motocyclette chinoise de son ami.