Cinq jours après les attentats de Paris, au moins deux personnes, dont le cerveau présumé des attaques du 13 novembre et une femme kamikaze présentée comme sa cousine, ont été tuées et sept suspects arrêtés mercredi au cours d'un vaste assaut policier à Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris.

Gabrielle Duchaine LA PRESSE

L'assaut ciblait le djihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attaques qui ont fait 129 morts et plus de 350 blessés, qui selon le Washington Post aurait été tué durant l'opération.

Selon des informations rapportées par plusieurs médias, dont la chaine de télévision française BFMTV, la femme qui s'est fait exploser serait la cousine d'Abdelhamid Abaaoud. Une Française de 26 ans d'origine marocaine, connue de la police et des services de renseignement français pour radicalisation, mais également trafic de stupéfiants, répondant au nom d'Hasna Aitboulahcen. Des informations qui n'ont toujours pas été confirmées par les autorités.  

Le ministère de l'Intérieur n'a «pas exclu» qu'un «troisième terroriste» ait pu être tué dans l'assaut policier.

Deux personnes sont mortes dans l'opération, avait dit à la mi-journée le procureur de Paris François Molins: «une jeune femme en cours d'identification qui s'est fait exploser en déclenchant sa charge explosive» et un homme «retrouvé à l'issue de l'opération atteint par des projectiles et des grenades».

«Il n'est pas exclu que, compte tenu des éléments retrouvés sur place, il y ait un troisième terroriste qui ait été tué», a déclaré par la suite le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet, à l'AFP. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait déjà dit, à l'Assemblée nationale, qu'il «y aurait au moins deux morts et peut-être davantage», sans plus de précisions.

«Des vérifications sont en cours. Des opérations de police technique et scientifique sont menées de façon minutieuse à cet égard dans un environnement fait de gravats et de décombres car, au cours des affrontements violents» de mercredi matin, «l'appartement principal et les appartements mitoyens ont beaucoup souffert. Un plancher s'est notamment effondré», a expliqué Pierre-Henry Brandet.

Trois suspects ont été interpellés et aussitôt placés en garde à vue. Deux autres ont été arrêtés «alors qu'ils étaient en train de se cacher dans les gravats», a précisé le procureur. Et enfin deux personnes ont été interpellées à proximité, dont le logeur des suspects, qui a assuré à l'AFP, quelques instants avant d'être menotté, avoir voulu «rendre service».

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a déclaré que «l'action de ce matin a été conduite contre des personnes qui auraient pu frapper de nouveau», rapporte le quotidien Le Figaro.

Selon plusieurs médias, dont l'agence de presse Reuters, les djihadistes présumés visés par le raid dans Saint-Denis préparaient un nouvel attentat. Les forces de l'ordre recherchaient des terroristes qui préparaient un acte prochain sur la base d'informations de la SDAT (les services antiterroristes-NDLR) et de l'étranger», a déclaré une source à Reuters. 

Des policiers lourdement armés ont également défoncé à coups de massue la porte de l'Église Neuve de Saint-Denis située à l'extérieur du périmètre qu'ils ont bouclé plus tôt aujourd'hui. Le lieu de culte est situé à quelques centaines de mètres de l'appartement visé par l'assaut. Les raisons de cette entrée en force dans l'église n'étaient pour l'instant pas claires et l'intervention n'aurait pas offert de résultat, selon plusieurs médias.

Quelque 110 agents de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention) et de la brigade criminelle ont participé à l'assaut, en plus de membres de l'armée.



Le propriétaire du logement ciblé aurait été condamné pour meurtre

Selon des informations rapportées par le quotidien Metronewsle locataire de l'appartement où s'est déroulé le raid des forces françaises et où une kamikaze s'est fait exploser et un autre terroriste présumé a été tué, aurait déjà été condamné à huit ans de prison pour avoir tué «son meilleur ami». Celui qui répond au nom de Jawad B. a été placé en garde à vue. Avant d'être emmené par les policiers, il a déclaré sur les ondes de BFMTV qu'il ne connaissait pas les gens qu'il avait hébergés dans son appartement. «On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service, je n'étais pas au courant que c'était des terroristes.»



État de siège

La paisible rue de la République à Saint-Denis, tout près de Paris, était littéralement en état de siège ce matin.

Explosions, tireurs d'élite, kamikaze : des soldats de l'armée française venus en renfort avaient été déployés autour d'un appartement ciblé par une opération policière majeure. Le cerveau présumé des attentats de Paris, le jeune Belge Abdelhamid Abaaoud, était la cible de ce raid policier.  

Deux terroristes présumés sont morts au tout début de l'assaut lancé par les forces d'élite policières, vers 4h30 [22h30, heure de Montréal], dont la femme qui s'est enlevé la vie avec une ceinture remplie d'explosifs. Au moins cinq policiers ont été légèrement blessés au cours de l'assaut et une chienne de l'escouade canine Diesel a perdu la vie, selon les sources.

«Ils n'osent pas regarder par la fenêtre»

À l'arrivée de La Presse à Saint-Denis, l'unité d'élite de la police française échangeait depuis près de deux heures des coups de feu avec des hommes armés, dans le secteur de la place Jean-Jaurès, à une dizaine de kilomètres du centre de la capitale et tout près du Stade de France, où a eu lieu l'une des attaques de vendredi dernier.  

Soumia parlait au téléphone avec sa soeur. Cette dernière et ses deux enfants étaient barricadés dans leur appartement. «Ils sont couchés par terre. Ils n'osent pas regarder par la fenêtre», a dit Soumia à La Presse. Son copain Brahim et elle ont reçu l'appel paniqué de la jeune maman peu après 4h. Il y avait des tirs dans l'édifice où elle habite. «On a essayé de s'approcher, mais ça tirait partout», a raconté Brahim.

PHOTO AFP

Après une courte accalmie, des déflagrations et des tirs nourris ont à nouveau éclaté alors que le soleil se levait sur la capitale française. Trois camions remplis de militaires sont alors entrés dans le périmètre complètement bouclé par les forces de l'ordre, rejoignant les centaines de policiers lourdement armés déjà sur place depuis des heures.

Les policiers, casqués et cagoulés, étaient sur les dents. On les entendait crier dans les rues désertes de la ville. Des policiers habillés en civil, le visage masqué et armés, patrouillaient dans la foule de badauds.  

«Ça m'a réveillé vers 4h30 et ç'a canardé. Ç'a arrêté puis ç'a repris, et là c'est calme. Il y a des lumières et des polices partout», a dit Sylvain, un résidant du quartier  

Le bruit des sirènes était constant. Des dizaines de badauds assistaient inquiets à l'opération. Le quartier était bouclé. Un hélicoptère survolait le secteur.  

Des citoyens en route pour le travail se sont butés à l'imposant barrage policier. Isabelle allait reconduire son fils chez une amie, mais cette dernière habite dans le périmètre bouclé. «Elle est en sécurité, mais elle ne peut pas sortir. Elle a entendu les tirs chez elle à 5h du matin». Les transports en commun étaient arrêtés dans Saint-Denis et les autorités locales sommaient à la population de rester chez soi.  

Toutes les écoles et universités de Saint-Denis sont fermées aujourd'hui pour des raisons de sécurité. Une cellule d'urgence a par ailleurs été mise en place à l'Élysée: le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve étaient dans le bureau du président François Hollande ce matin.

- Avec Louis-Samuel Perron, l'Agence France-Presse, Metronews, Reuters, Le Figaro et BFMTV