Le Conseil de l'Europe a dénoncé mardi, dans un rapport, les fréquents mauvais traitements subis par les migrants quand ils sont renvoyés de Hongrie en Serbie, Budapest répliquant en dénonçant un document «inexact», «davantage de nature politique que professionnelle».

AGENCE FRANCE-PRESSE

Des membres du Comité européen de prévention de la torture (CPT), organe spécialisé de l'organisation intergouvernementale basée à Strasbourg, se sont rendus en octobre 2017 en Hongrie dans deux zones de transit où étaient réunis des migrants, et ils sont également allés interroger des étrangers refoulés par la Hongrie et renvoyés en Serbie.

Selon les témoignages et preuves recueillis, le comité a conclu que la Hongrie faisait des efforts pour offrir «des conditions matérielles convenables» dans ses centres de rétention, même si les conditions y sont «trop carcérales», notamment pour les familles avec enfants. Aucune allégation de mauvais traitements n'a été recueillie dans les zones visitées, est-il souligné.

En revanche, lors des arrestations et des opérations pour les renvoyer de l'autre côté de la frontière, en Serbie, ils sont souvent violentés. Le système mis en place pour prévenir les abus policiers est «très inefficace» et la Serbie ne constitue pas non plus un pays sûr où renvoyer les migrants, note le rapport du CPT.

«Ce rapport contient un grand nombre de conclusions qui sont contraires aux faits, ce document est davantage de nature politique que professionnelle et il ne contient rien de nouveau par rapport au précédent rapport» fait en 2015, a répondu avec virulence le gouvernement hongrois, répliquant point par point aux conclusions du CPT.

Par exemple, affirment les dirigeants hongrois, les observateurs européens ne prennent pas en compte le fait que «les étrangers peuvent avoir subi des blessures physiques et psychologiques plus tôt dans leur périple», avant d'entrer dans le pays, du fait de passeurs notamment.

Budapest souligne aussi que le rapport n'a pas mis en lumière de «violations de la loi» dans les zones de transit, mais «cela n'a pas permis de changer leur préconception sur de prétendus abus policiers».

«De la réponse des autorités hongroises, il ressort clairement que les principales préoccupations exprimées dans le rapport du CPT restent d'actualité», a rétorqué le président du CPT, l'Ukrainien Mykola Gnatovskyy, espérant «des échanges avec les autorités sur les problèmes majeurs soulevés dans le rapport afin d'améliorer la situation des étrangers».

La publication de ce rapport et de la réponse du gouvernement hongrois interviennent alors que le Parlement européen a dénoncé mercredi la menace «systémique» pesant sur les valeurs de l'UE en Hongrie et a enclenché une procédure qui peut en théorie mener à des sanctions sans précédent à l'encontre de Budapest.

Devant les eurodéputés, le premier ministre hongrois Viktor Orban avait dénoncé «le chantage des forces qui soutiennent les migrants contre la Hongrie».