Les sanctions contre la junte qui a pris le pouvoir il y a un an en Birmanie sont largement insuffisantes. Mais les choses commencent à bouger. Trop tranquillement, aux yeux des défenseurs de la démocratie birmane. Que peut faire la communauté internationale pour mettre plus de pression sur la junte ?

Publié le 29 janvier
Agnès Gruda
Agnès Gruda La Presse

Les sanctions

PHOTO NAY T MYINT, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Manifestation à New York, en octobre dernier, appelant à couper les vivres de la junte birmane en s’attaquant aux revenus qu'elle tire de la vente du gaz naturel aux géants pétroliers occidentaux.

L’armée birmane tire autour de 1 milliard de dollars de revenus annuels de l’exploitation des ressources gazières du pays, souligne Human Rights Watch dans un appel publié le 25 janvier.

Or, deux sociétés, TotalEnergies et Chevron, viennent d’annoncer leur retrait de la Birmanie, en guise de protestation contre la brutalité du régime militaire au pouvoir.

Ce geste devrait être suivi par une action internationale commune frappant le secteur énergétique birman, plaide Human Rights Watch.

Il faut savoir que les revenus gaziers provenant de taxes et d’autres frais payés par le secteur privé sont perçus en dollars par des banques contrôlées par l’armée ou la « Myanmar Oil and Gas Enterprise », ou MOGO, qui relève de l’armée elle aussi.

« Les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Japon et d’autres gouvernements concernés devraient adopter une position commune pour imposer des sanctions sur tous les revenus tirés du gaz naturel », écrit HRW.

Jusqu’à maintenant, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est montré « désespérément divisé sur la question des sanctions », dit Phil Robertson, de Human Rights Watch.

« Les Russes et les Chinois n’acceptent même pas d’imposer un embargo sur la vente d’armes à la Birmanie », déplore-t-il.

En passant par des sanctions directes sur le secteur gazier, on toucherait un secteur névralgique et on priverait la junte d’une grande partie de ses revenus.

La gifle diplomatique

Fin octobre, les pays de l’ASEAN, l’Association des nations du Sud-Est asiatique, ont tenu une rencontre… sans inviter les généraux birmans. Le régime militaire a compris le message et a rapidement entrepris de libérer des prisonniers politiques.

Cette amnistie aura été de courte durée, selon HRW. Mais elle expose l’un des points faibles de la junte : sa soif de reconnaissance internationale.

Calvin, étudiant birman établi à Vancouver proche du mouvement de désobéissance civile en Birmanie, va plus loin. « Si on veut vraiment faire mal à la junte, il faut l’ignorer, ne pas reconnaître sa légitimité et collaborer directement avec le gouvernement d’unité nationale » – l’entité qui œuvre dans l’ombre, en parallèle des institutions étatiques actuelles. C’est d’ailleurs ce que fait déjà une grande partie de la population birmane…

Aide humanitaire

PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Une Birmane sourie après avoir reçu un sac de riz du Programme alimentaire mondial, en banlieue de Rangoun, l’an dernier

Pour aider les Birmans, il faut aussi agir sur le front humanitaire. La Birmanie s’enfonce dans une crise de plus en plus aiguë. Les Birmans accèdent difficilement à leurs liquidités, en raison de la fermeture des banques. L’inflation est galopante. Et la violence qui s’accentue, entre autres dans certains États ethniques, comme ceux de Kayah et de Sagaing, pousse la population à fuir les villes et les villages de ces régions.

Déjà, plus de 400 000 Birmans ont dû quitter leur foyer, et ce nombre a bondi de 27 % durant le seul mois de décembre, s’alarme Save the Children.

Trois millions de Birmans ont besoin d’aide humanitaire, a affirmé l’ONU en novembre.

« Les gens sont désespérés, ils ont besoin d’aide, il faut donner une assistance humanitaire à la Birmanie », supplie Mimi, 25 ans, une Birmane établie au Canada qui s’inquiète pour ses nombreux oncles, tantes et cousins restés derrière.