Plus de 125 000 personnes ont été infectées à la COVID-19 en 24 heures en Inde, nouveau record pour le deuxième pays parmi les plus populeux du globe, ont annoncé mercredi les autorités indiennes. Une hausse soudaine qui inquiète les experts et pourrait favoriser l’apparition de nouveaux variants.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

La hausse s’est produite très rapidement et la situation se détériore vite dans les grandes villes du pays, explique Shubham Dharmsktu, un consultant en design qui habite dans l’État d’Uttarakhand, au nord-est de New Delhi.

« Il y a quelques mois, nous étions à 8000 cas par jour. Là, nous sommes à 125 000 cas par jour. La région densément peuplée de Bombay est très frappée : elle compte pour 30 % des cas de COVID-19 en Inde », explique M. Dharmsktu en entrevue téléphonique.

Devant cette hausse, le gouvernement indien a imposé des couvre-feux, notamment à New Delhi et à Bombay (Mumbai). Mais les signaux envoyés par le gouvernement ne sont pas clairs : le premier ministre indien Narendra Modi et ses alliés politiques continuent de tenir de gigantesques rassemblements où la distanciation physique et le port du masque sont essentiellement absents.

L’Inde est le plus grand fabricant de vaccins du monde, mais la pandémie va plus vite que la vaccination. Plus de 90 millions de doses de vaccins ont été administrées, immunisant moins de 6 % des 1,4 milliard d’Indiens.

La transmission communautaire au cœur du problème

Au début de la pandémie, les infections touchaient surtout les gens qui avaient des contacts à l’étranger et qui voyageaient dans d’autres pays, alors que cette fois-ci, ce sont les gens de la classe moyenne et les gens en situation de pauvreté qui sont touchés en Inde, où la population est concentrée sur un territoire trois fois plus petit que celui de la Chine.

« Ces gens n’ont pas le choix d’aller travailler, et ils doivent prendre des trains qui sont bondés, c’est leur seul moyen de transport, explique Shubham Dharmsktu. Le virus peut donc se propager très facilement. »

M. Dharmsktu s’attend à ce que la pandémie dure longtemps.

L’Inde est surpeuplée, les gens vivent près les uns des autres, et c’est ce que recherche le virus. Je pense qu’on en a pour plusieurs années encore, malheureusement.

Shubham Dharmsktu, consultant en design

François Audet, professeur agrégé à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM et directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, note que les pays émergents ne sont plus épargnés par la pandémie.

« On le voyait au Brésil, et on le voit maintenant en Inde. Les pays émergents à haute densité de population, avec un taux élevé d’urbanisation, sont maintenant frappés. »

Un problème qui devrait interpeller l’ensemble de la communauté internationale, dit-il.

Le reste du monde est menacé, car c’est un laboratoire pour la mutation du virus. Toute cette transmission dans les pays émergents est susceptible de produire de nouveaux variants, qui finiront peut-être par résister aux vaccins. C’est ce qui me fait le plus peur. Nous sommes tous dans le même bateau dans cette crise.

François Audet, professeur agrégé à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM

Feroz Mehdi, cofondateur de l’ONG Alternatives, remarque que le Brésil et l’Inde sont tous les deux dirigés par des chefs populistes autoritaires qui ont fait preuve d’« arrogance » et d’« ignorance » depuis le début de la pandémie, un peu comme Donald Trump l’a fait aux États-Unis l’an dernier.

« La pandémie a été très mal gérée en Inde, dit-il. Pendant que le premier ministre Modi invite les gens à sortir sur leur balcon et à chanter pour éloigner la COVID-19, les opposants et les critiques sont emprisonnés ou pourchassés par ses partisans. Cette semaine, le ministre de la Santé tenait un point de presse pour dire aux gens de mettre un masque, et au même moment, le ministre de l’Intérieur faisait campagne sans masque, et sans distanciation. Rien n’est coordonné. Aujourd’hui, on voit les résultats de cette approche. »

Pénurie de vaccins

Alors que le nombre d’infections a atteint un nouveau record quotidien, l’Inde est aussi aux prises avec une pénurie de vaccins, rapportent des médias locaux. Selon le Times of India, dix États ont des stocks de trois ou quatre jours seulement, notamment l’Uttar Pradesh, où vivent environ 200 millions de personnes, ainsi que le Bihar et le Bengale-Occidental, dans le nord-est de l’Inde. Dans le Maharashtra, le ministre de la Santé régional a averti mercredi que les stocks risquaient d’être épuisés dans les trois jours. Les principaux centres de vaccination de Bombay étaient à court de doses jeudi, et l’immense hôpital général Lokmanya Tilak a complètement arrêté les injections. Face à la flambée des contaminations, le premier ministre Modi avait décidé, en mars, de freiner les exportations de vaccins AstraZeneca produits par le Serum Institute of India (SII), le plus grand fabricant de vaccins du monde. « Le monde a besoin de ce vaccin et nous donnons pour le moment la priorité à l’Inde, mais nous ne sommes toujours pas en mesure de fournir [des vaccins] pour chaque Indien qui en a besoin », a déclaré mardi le PDG de SII, Adar Poonawalla.

D’après l'Agence France-Presse