(Khartoum) Au moins 213 personnes ont été tuées en quatre jours de violences au Darfour, selon les autorités de cette région de l’ouest du Soudan, des heurts condamnés par l’ONU qui a réclamé mercredi une enquête « rapide » et « indépendante ».

Mis à jour le 27 avril
Agence France-Presse

Ces violences ont débuté vendredi dans la ville de Krink, majoritairement habitée par la tribu des Massalit, et se sont propagées vers El-Geneina, la capitale du Darfour-Ouest, à quelque 80 km.

Selon la Coordination générale pour réfugiés et déplacés du Darfour, les violences ont éclaté lorsque des combattants armés issus de tribus arabes ont attaqué des villages Massalit, une minorité ethnique africaine, en représailles à la mort jeudi de deux de leurs membres.

Les violences se poursuivaient mercredi, notamment à El-Geneina, où des « tirs intenses » ont semé la panique, a indiqué dans un communiqué Adam Regal, porte-parole l’ONG. Qualifiant la situation de « très dangereuse », il a mis en garde contre « une catastrophe humanitaire aux conséquences inimaginables ».

Le bilan le plus lourd a été enregistré dimanche avec « 201 morts et 13 blessés », selon le gouverneur du Darfour-Ouest Khamis Abkar dans une vidéo diffusée mardi, accusant les forces gouvernementales de s’être « retirées sans aucune justification » de Krink alors que les combats s’intensifiaient.

Krink « a été complètement détruite, y compris les institutions gouvernementales », a déploré M. Abkar, dénonçant « un crime contre l’humanité. »

L’ONG Médecins Sans Frontières a elle affirmé que des hôpitaux avaient été attaqués et plusieurs membres du personnel médical tués.

Consternation

À Genève, la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, a fait part mercredi de sa consternation face aux violences au Darfour, tandis que le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence à huis clos, à la demande du Royaume-Uni, de l’Albanie, de la France, de l’Irlande, de la Norvège et des États-Unis.

Aucun texte condamnant les tueries n’a cependant été publié à l’issue de cette session. Des discussions se poursuivent, a indiqué un ambassadeur sous couvert d’anonymat.

« J’appelle les autorités soudanaises à mener des enquêtes rapides, complètes, impartiales et indépendantes sur ces attaques et à demander des comptes à tous les responsables », a déclaré Mme Bachelet.

Des témoins ont accusé la milice janjawid, force supplétive du gouvernement soudanais, d’avoir orchestré les violences.

Ces miliciens, utilisés par le dictateur Omar el-Béchir dans sa longue guerre lancée en 2003 au Darfour, ont ces dernières années rejoint par milliers les Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par le général Mohammed Hamdane Daglo, numéro deux du pouvoir militaire en place depuis le putsch d’octobre à Khartoum.

Depuis le début des violences, de plus en plus de voix s’élèvent au Darfour appelant l’ONU à protéger les civils.  

Mardi, l’Association du barreau du Darfour a affirmé qu’il fallait « recourir au Conseil de sécurité de l’ONU pour faire cesser les violations des droits humains, ainsi que les meurtres arbitraires des femmes et des enfants et les déplacements forcés » dans la région.  

« Protection internationale »

Des dignitaires de la tribu Massalit ont appelé mercredi le Conseil de sécurité de l’ONU à placer leurs villages sous « protection internationale ».  

Selon un diplomate à New York, s’exprimant sous couvert de l’anonymat, aucune « discussion spécifique sur ce point » n’a toutefois eu lieu entre les 15 membres du Conseil de sécurité.  

Selon les Nations unies, des dizaines de personnes ont été tuées et des centaines de maisons incendiées lors de plusieurs épisodes de violence au Darfour ces derniers mois, favorisés, selon les experts, par le vide sécuritaire créé par le putsch du général Abdel Fattah al-Burhane à Khartoum le 25 octobre.

Des heurts entre éleveurs arabes et agriculteurs africains pour des disputes territoriales ou l’accès à l’eau avaient causé la mort de près de 250 personnes d’octobre à décembre au Darfour, selon un syndicat de médecins prodémocratie.

La région a été ravagée par une guerre civile déclenchée en 2003 entre le régime à majorité arabe et les insurgés issus de minorités ethniques dénonçant des discriminations. Environ 300 000 personnes sont mortes et près de 2,5 millions déplacées durant les premières années de violences, d’après l’ONU.

Le Soudan, sorti en 2019 de 30 années de dictature sous Omar el-Béchir, reste depuis le coup d’État d’octobre englué dans un marasme politique et économique.