(Khartoum) Les forces de sécurité soudanaises ont tué mercredi un nouveau manifestant, alors qu’arrivaient dans le pays des émissaires américains venus plaider pour le dialogue à Khartoum, hérissée de barricades des anti-putsch et quadrillée par les militaires.

Mis à jour le 19 janvier
Agence France-Presse

Le Soudan s’enfonce dans la violence depuis que le général Abdel Fattah al-Burhane, le chef de l’armée, a mené un coup d’État, arrêtant la plupart des civils qui partageaient avec lui le pouvoir depuis le renversement en 2019 du dictateur Omar el-Béchir.

Mercredi soir, à Omdourman, dans la banlieue nord-ouest de Khartoum, un 72e manifestant a été tué dans la répression des milliers de Soudanais qui descendent toutes les semaines dans les rues pour réclamer un retour à la transition démocratique et surtout un pouvoir civil dans un pays sous la férule de l’armée quasiment en continu depuis son indépendance il y a 66 ans.

Ignorant leurs appels, l’auteur du putsch, le chef de l’armée Burhane, désormais seul aux commandes du pays, a décidé que les vice-ministres — pour certains nommés après les purges post-putsch — remplaceraient les anciens ministres, quasiment tous limogés après un passage en détention le 25 octobre.

Débrayages et lacrymogènes

Mais ce « cabinet chargé des affaires courantes » selon le communiqué officiel n’a toujours pas de chef, puisque le visage civil de la transition soudanaise, le premier ministre Abdallah Hamdok, a jeté l’éponge début janvier après avoir tenté de coopérer avec les militaires.

Il a notamment dénoncé à son départ la poursuite des violences dans les rues. La grève générale se poursuit à Khartoum deux jours après la mort de sept manifestants lundi sous les balles de l’armée, qui avait sorti pour la première fois des armes lourdes — mitrailleuses et batteries antiaériennes — en pleine ville.

Depuis, les rues se sont hérissées de barricades que les forces de sécurité ont de nouveau tenté de briser mercredi soir avec des tirs et des grenades lacrymogènes à Bourri, quartier remuant de l’est de Khartoum, et Omdourman, sa banlieue nord-ouest, rapportent des médecins et des témoins à l’AFP.

Si les magasins ont gardé leurs rideaux baissés et les universités ont fermé leurs portes, de nombreuses corporations ont également débrayé pour respecter la « désobéissance civile » décrétée lundi soir.  

Des conseillers juridiques, procureurs et juges ont annoncé les uns après les autres dans des communiqués leur refus de travailler pour un État commettant des « crimes contre l’Humanité ».

« Violence systématique »

Dans un pays de plus en plus divisé, l’envoyé spécial des États-Unis pour la Corne de l’Afrique David Satterfield et la secrétaire d’État adjointe Molly Phee ont rencontré des familles de victimes et des organisations de la société civile.

Ils ont vu l’Association des professionnels soudanais, fer de lance de la « révolution » qui renversa le dictateur Omar el-Béchir en 2019, ainsi que les Forces de la liberté et du changement (FLC), principal bloc procivil issu de ce mouvement.

L’un de ses représentants, Wajdy Saleh, a affirmé aux journalistes avoir plaidé pour « la fin à la violence systématique contre les civils » et « un processus politique crédible ».

Les FLC ont ensuite appelé à des manifestation « en hommage aux martyrs » jeudi à Khartoum et vendredi dans tout le pays.

Après être passés par Riyad où se réunissaient les « Amis du Soudan » — Européens, Américains, Saoudiens et Emiratis —, les deux émissaires américains doivent aussi discuter avec les généraux, qui eux font valoir qu’ils n’ont jamais donné l’ordre de tirer et qu’un général de police a été poignardé à mort par des manifestants.

L’ONU, elle, continue ses rencontres en vue d'un dialogue pour faire revenir le Soudan — au ban de la communauté internationale sous Béchir — dans le concert des nations et surtout des bailleurs de fonds qui ont suspendu leur aide avec le putsch.  

Les « Amis du Soudan » ont eux plaidé pour « un processus politique limité dans le temps » devant mener « à la formation d’un gouvernement dirigé par des civils pour organiser des élections démocratiques ».