(Beyrouth) Amnistie internationale a dénoncé jeudi les « crimes » commis contre un couple et son bébé en Égypte, dont la « disparition forcée » durant environ deux ans de la mère et de l’enfant, selon un communiqué de l’organisation.

Agence France-Presse

Le 9 mars 2019, Manar et Omar Abou al-Naga, tous deux alors âgés de 27 ans et leur bébé d’un an, al-Baraa, ont été enlevés à leur domicile d’Alexandrie par des agents de la Sûreté nationale, affirme l’organisation de défense des droits humains.

« Il doit y avoir une enquête urgente, indépendante et efficace sur ces crimes en vue de traduire en justice les personnes responsables […] et assurer l’entière compensation des victimes », a affirmé Philip Luther, responsable d’Amnistie pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, cité dans le communiqué.

Mme Abou el-Naga est apparue le 20 février devant le ministère public chargé de la sûreté de l’État. Accusée de « financement » et d’« appartenance à un groupe terroriste », elle a été interrogée puis placée en détention provisoire pour 15 jours dans la prison pour femmes d’al-Qanater, selon Amnistie.

La Sûreté d’État a « falsifié la date de son arrestation » et l’a « contrainte » à dire qu’elle avait été arrêtée seulement deux jours avant son apparition devant le tribunal, dénonce la même source.

Le père n'a jamais été revu

M. Abou al-Naga demeure, lui, porté disparu.

« Les autorités égyptiennes ont un long et triste passé de disparitions forcées et de torture », a noté M. Luther, appelant à la libération des parents.

Kidnapper une jeune mère avec son enfant d’un an et les enfermer dans une chambre durant 23 mois, hors de la protection de la loi et sans contact avec le monde extérieur montre que leur campagne en cours pour éradiquer la dissidence et instiller la peur a atteint un nouveau niveau de brutalité.

Philip Luther, responsable d’Amnistie pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Al-Baraa, aujourd’hui âgé de trois ans, a quant à lui été remis à des membres de sa famille maternelle.

Traumatisé, l’enfant « ne reconnaît pas les siens, les craint […] Les seules personnes qu’il est habitué à voir sont habillées d’une certaine façon », a écrit sur sa page Facebook Anas Abou al-Naga, son oncle.

Depuis la destitution par l’armée en Égypte en 2013 du président islamiste Mohamed Morsi et l’arrivée au pouvoir l’année suivante d’Abdel Fattah al-Sissi, une répression croissante s’est abattue sur toute forme d’opposition, islamiste ou libérale.

Environ 60 000 prisonniers d’opinion croupissent dans les prisons égyptiennes, selon les ONG de défense des droits humains.