(Paris) Le président rwandais Paul Kagame a salué un « esprit nouveau » et une « amélioration » dans les relations entre Paris et Kigali, longtemps empoisonnées par le génocide de 1994, dans un entretien au magazine Le Point paru jeudi.

Agence France-Presse

« Le président Macron est un chef d’État dont le point de vue n’est pas marqué par le passé », estime M. Kagame, homme fort du Rwanda qu’il préside depuis 2000.

« Il y a un esprit nouveau. Certains indices révèlent une amélioration des relations entre nos deux pays », relève-t-il, citant notamment ses deux visites officielles en France à l’invitation du président Emmanuel Macron - en mai 2018 et août 2019 - et la désignation de son ex-ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

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Louise Mushikiwabo

M. Kagame s’est également félicité de la visite à Kigali de l’Agence française de développement (AFD) et d’hommes d’affaires à la recherche d’investissements.  

« Tout cela est très positif. Si vous regardez le passé, vous ne pardonnez pas […] On ne peut pas toujours attendre les excuses des uns ou des autres. C’est à tout un chacun de prendre ses responsabilités et de s’excuser s’il l’estime nécessaire », ajoute le président rwandais.  

Ce dernier a longtemps accusé la France de « complicité » dans le génocide de 1994 qui fit 800 000 morts selon l’ONU, principalement dans la minorité tutsi. Des accusations réfutées par Paris qui a toujours défendu son opération militaire Turquoise, dépêchée en juin 1994 au Rwanda pour y créer une zone humanitaire.

Bien que le poste d’ambassadeur de France à Kigali reste vacant depuis 2015, les relations entre les deux pays se sont réchauffées ces dernières années.

Convié à Kigali pour la 25e commémoration du génocide en 2019, Emmanuel Macron ne s’y est finalement pas rendu mais il a envoyé un représentant personnel et a annoncé « une journée de commémoration » du génocide en France le 7 avril.

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Emmanuel Macron

Le président français a également mis en place une commission d’historiens et de chercheurs afin de faire la lumière sur le rôle controversé de Paris dans cette tragédie.

Parmi les points les plus disputés figurent l’ampleur de l’assistance militaire apportée par la France au régime du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana, dont la mort dans un attentat le 6 avril 1994 fut un élément déclencheur du génocide.

L’armée française a aussi été accusée par des survivants d’avoir tardé à secourir des centaines de Tutsi qui ont été massacrés sur les collines de Bisesero, fin juin 1994.