(Harare) Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a promis mardi de « débusquer » ses opposants politiques, alors que des organisations de défense des droits signalent l’arrestation de dizaines de militants, dans la répression menée par les autorités.

Agence France-Presse

Emmerson Mnangagwa, qui a succédé à l’autoritaire président Robert Mugabe contraint à la démission par l’armée en novembre 2017 après plus de 35 ans au pouvoir, a assuré que son administration faisait face « à de nombreux obstacles et à des attaques », venant notamment « des politiques semant la discorde de certains éléments de l’opposition ».

« Les pommes pourries qui ont tenté de diviser notre peuple et affaiblir notre système seront éliminées », a-t-il promis dans un discours à la Nation.  

« Nous surmonterons les tentatives de quelques voyous, agissant avec des détracteurs étrangers, de déstabiliser notre société », a-t-il continué.  

Vendredi, les autorités ont interdit des manifestations organisées pour protester contre la corruption et la crise économique dans le pays.

Plusieurs personnes ont été arrêtées, dont l’écrivaine zimbabwéenne Tsitsi Dangarembga, en lice pour le prestigieux prix littéraire britannique Booker Prize, ainsi que Fadzayi Mahere, l’avocate et porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, principal parti d’opposition). Elles ont été remises en liberté sous caution le lendemain.  

L’Association zimbabwéenne des avocats pour les droits de l’Homme a déclaré mardi représenter une vingtaine de personnes arrêtées depuis la semaine dernière.  

À la tête de la petite formation Transformer le Zimbabwe, l’opposant Jacob Ngarivhume avait appelé à manifester, tout comme le journaliste et lanceur d’alerte Hopewell Chin’ono. Tous deux, arrêtés avant cette manifestation, sont encore en détention, accusés d’incitation publique à la violence.

Amnistie internationale a condamné une « chasse aux sorcières et la répression menée contre des opposants pacifiques ». Sur Twitter, le mot-clic #ZimbabweanLivesMatter est devenu viral depuis lundi : de nombreux internautes, dont des célébrités et des hommes politiques de nombreux pays, ont dénoncé cette nouvelle répression.

« Les forces de sécurité se rendent coupables d’enlèvements, de tortures, de harcèlement, pour faire taire les voix critiques envers le gouvernement », a souligné Dewa Mavhinga, responsable à Human Rights Watch pour l’Afrique australe, qui a qualifié d’« effrayantes » les dernières déclarations du chef d’État zimbabwéen et craint une « escalade » des attaques contre l’opposition.

Le vice-président du MDC, a qualifié mardi d « ’intenable » la situation actuelle au Zimbabwe, accusant le régime de « fermer l’espace politique », de « participer massivement à la corruption » et de « violer la Constitution ».

« Nous avons atteint un point critique, quelque chose va céder », a-t-il expliqué à l’AFP lors d’un entretien téléphonique, mettant en garde contre la possibilité d’un nouveau coup d’État.

Successeur de Robert Mugabe, dont il a longtemps été un fidèle avant de se retourner contre lui, Emmerson Mnangagwa avait promis de relancer une économie moribonde. Mais certains estiment que la situation est pire encore que sous l’ère Mugabe.

Le Zimbabwe est englué depuis une vingtaine d’années dans une crise économique catastrophique, qui se traduit par une inflation galopante et des pénuries de nombreux produits de première nécessité.