(Gaborone) Le Botswana vote mercredi pour des élections générales d’une âpreté inédite dans l’histoire de ce pays, considéré de longue date comme une des démocraties les mieux assises du continent africain.

Susan NJANJI
Agence France-Presse

Contre toute attente, l’ancien président du pays, Ian Khama, a secoué la vie politique locale jusque-là bien rangée en prenant la tête d’une fronde contre son successeur, Mokgweetsi Masisi, qu’il avait pourtant installé dans son fauteuil.

Un an après avoir rendu les rênes du pays, M. Khama a claqué en mai la porte de son Parti démocratique du Botswana (BDP) en accusant M. Masisi de dérive autoritaire.

« J’ai constaté une menace pour notre démocratie […] nous avons des dirigeants devenus ivres de pouvoir », a expliqué lundi l’ex-chef de l’État dans un entretien à l’AFP.

La querelle a pris des proportions telles qu’elle fragilise la position électorale du BDP, qui dirige ce pays riche en diamants et en éléphants sauvages depuis son indépendance en 1966.

Le parti au pouvoir a réalisé le plus mauvais score de son histoire aux élections générales de 2014 en tombant sous la barre symbolique des 50 % des suffrages. Son principal rival de l’opposition, la Coalition pour un changement démocratique (UDC), espère en tirer profit dès mercredi.

« C’est l’élection la plus disputée à laquelle il nous a été donné d’assister », a résumé l’analyste économique Keith Jefferies. « On peut en attendre quelques surprises, jusqu’à une défaite du BDP ».

Ian Khama n’a pas ménagé sa peine pour nuire à son ancien parti, y compris en appelant publiquement à voter pour l’UDC et ses candidats dans plusieurs régions du pays.

« Comme Trump »

Fils du cofondateur du BDP et premier président du pays Seretse Khama, l’ancien chef de l’État a gardé de puissants alliés au sein du parti et une incontestable influence dans le pays, notamment dans sa région centre dont il est un des chefs traditionnels.

Les divergences entre Ian Khama et Mokgweetsi Masisi sont apparues au grand de jour peu de temps après la passation de pouvoir entre les deux hommes en avril 2018.

M. Khama avait alors démissionné au profit de son vice-président en vertu de la Constitution du Botswana, qui limite le mandat de ses présidents à dix ans maximum.

Très vite, M. Masisi s’est affranchi de l’héritage de son prédécesseur, grand défenseur de l’environnement, notamment en levant l’interdiction de la chasse aux éléphants sauvages, dont le Botswana est le principal sanctuaire africain.

« Il a voulu effacer tout ce que nous avons mis en place », a regretté Ian Khama. « Notre démocratie est menacée par un tsunami de la même veine que ce que fait (Donald) Trump dans son pays », a-t-il ajouté en référence au président américain.

Dans un entretien à l’AFP, le président sortant a justifié ses distances avec M. Khama en expliquant que la politique de son prédécesseur avait nui à l’image du parti au pouvoir.

« Le BDP se portera mieux » sans lui, a-t-il ajouté, anticipant « une large victoire, un raz-de-marée électoral ».

« Jeu démocratique »

Tout aussi sûr de lui, le chef de l’UDC, Duma Boko, a lui aussi pronostiqué son succès et une alternance à la tête du pays. « Je pense que nous allons gagner cette élection, nous devons la gagner, même », a-t-il assuré à l’AFP.

« L’heure est venue d’un nouveau gouvernement, le BDP ça suffit », a estimé une électrice, Alice, une fonctionnaire qui a refusé de donner son nom de famille par peur de représailles. « Il y a trop de corruption ».

Contrairement à d’autres pays voisins, l’importance des enjeux ne devrait toutefois pas menacer la stabilité du Botswana.

« Je ne crois pas que ce sera le cas », a tranché Ian Khama, « tout ceci ne relève que du jeu démocratique ».

« Quoi qu’il arrive, j’accepterai les résultats », a de son côté assuré Mokgweetsi Masisi. « Le Botswana ne sera jamais en crise parce que l’un ou l’autre ne gagne pas (ce scrutin), il y aura d’autres occasions », a-t-il ajouté, « on ne va pas se battre ».

Plus de 900 000 électeurs sont inscrits sur les listes électorales du Botswana, pour une population de 2,2 millions d’habitants. Outre le BDP et la UDC, deux autres partis ont présenté des candidats pour les 57 sièges du Parlement local.

Le parti qui y disposera du plus d’élus choisira le chef de l’État. Les résultats sont attendus d’ici à la fin de la semaine.