Le chef de l'État ivoirien Alassane Ouattara a été élu vendredi à Abuja président de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO), a indiqué son homologue du Nigeria Goodluck Jonathan, président sortant de l'organisation.

Publié le 17 févr. 2012
Sophie Mongalvy AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous avons élu à l'unanimité le président de Côte d'Ivoire comme président de l'organisation», a déclaré le président Jonathan au second jour du sommet de l'organisation ouest-africaine.

L'élection de M. Ouattara à la tête de la CÉDÉAO, qui regroupe quinze pays, marque le retour sur la scène régionale de la Côte d'Ivoire, en crise politique depuis la fin 2002 et secouée en 2010-2011 par de violents troubles.

M. Ouattara est arrivé au pouvoir en avril 2011 après une crise post-électorale ayant fait quelque 3000 morts.

Le président ivoirien était le favori pour ce poste d'une durée d'un an renouvelable.

«C'est un grand honneur que vous faites à la Côte d'Ivoire et aux Ivoiriens en me portant à la présidence de la CÉDÉAO», a déclaré M. Ouattara. «À travers cette élection, vous venez de manifester une fois de plus le soutien et les encouragements des pays membres de notre organisation à la Côte d'Ivoire, dans ses efforts de réconciliation et de reconstruction», a-t-il ajouté.

Les participants au sommet ont par ailleurs élu l'ancien ministre des Finances burkinabé Kadré Ouédraogo président de la commission de la CÉDÉAO, a encore précisé M. Jonathan. Ce poste exécutif de quatre ans était jusqu'alors occupé par le Ghanéen James Victor Gbeho.

M. Ouédraogo est actuellement ambassadeur extraordinaire plénipotentiaire du Burkina Faso en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Le sommet, d'une durée de deux jours, porte notamment sur la situation préoccupante au Sahel et la piraterie dans le golfe de Guinée.

Les conditions sécuritaires se dégradent rapidement dans la zone sahélienne en raison d'une nouvelle rébellion touareg au Mali et des attaques de la branche maghrébine d'Al-Qaïda (AQMI).

L'insécurité dans le Sahel, avec notamment l'afflux d'armes issues du conflit libyen, inquiète les dirigeants d'Afrique de l'Ouest.

M. Gbeho a insisté sur «la résurgence de la rébellion et du banditisme au Mali et dans d'autres États du Sahel, en raison de facteurs historiques non résolus et alimentés par la récente crise en Libye».

Goodluck Jonathan, lui, avait déclaré jeudi: «en raison de la crise dans la région du Sahel, nous constatons un afflux d'armes légères et, bien sûr, certains pays font face à différentes formes de menaces, notamment le Nigeria», qui subit les attaques du groupe islamiste Boko Haram.

Depuis mi-janvier, le Mali est confronté à une offensive d'une nouvelle rébellion touareg. Son président Amadou Toumani Touré n'a pas fait le déplacement à Abuja.

Les violences ont provoqué un exode à l'intérieur du pays, mais aussi vers d'autres États. Le Niger, le Burkina Faso et la Mauritanie ont ainsi vu arriver des milliers de réfugiés maliens.

Le nombre des réfugiés ayant fui les violences au Mali a doublé ces dix derniers jours alors que les combats entre l'armée malienne et les rebelles touareg se sont intensifiés, a indiqué vendredi le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) qui entend renforcer son aide.

Quelque 44 000 personnes ont fui vers la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso, alors qu'ils étaient 22 000 en date du 7 février, selon le HCR, citant des chiffres des autorités.

Une situation préoccupante, d'autant que quelque 12 millions de personnes dans les pays sahéliens sont actuellement menacées par la famine.

Le conseil de sécurité et de médiation de la CÉDÉAO a approuvé une aide financière de l'organisation régionale de 3 millions de dollars pour les victimes de la crise alimentaire et des attaques rebelles dans les pays du Sahel.

Les participants au sommet devaient aussi se pencher sur la piraterie en hausse dans le golfe de Guinée.