Alors que les affaires de pédophilie se multiplient au sein de l'Église en Europe et aux États-Unis, l'Afrique a choisi de rester silencieuse sur ces scandales, à peine évoqués dans la presse locale.

AGENCE FRANCE-PRESSE

De Dakar à Kampala, les prêtres ont également très peu commenté ces cas de pédophilie qui déferlent depuis novembre 2009 sur l'Eglise catholique et font la Une des médias occidentaux.

Le responsable de la Conférence des évêques catholiques d'Afrique australe, Buti Tlhagale, a cependant estimé que l'Eglise catholique n'était pas exempte de scandales pédophiles sur le continent. Il a fait état de 40 cas rapportés dans la région ces 14 dernières années.

«Le mauvais comportement des prêtres d'Afrique n'a simplement pas été exposé par les médias avec la même visibilité que dans le reste du monde», a aussi déclaré l'archevêque de Johannesburg lors d'une homélie début avril.

L'abbé camerounais Antoine de Padoue Chonang reconnaît également «des abus de tous ordres (homosexualité, pédophilie) au sein de l'Eglise en Afrique». «Les prêtres ne sont pas blindés du pêché», note-t-il.

Pourtant, affirme le porte-parole de l'Eglise catholique au Nigeria Mgr Felix Ajakaiye, «la presse fait du sensationnel sur ce problème». «Aucune campagne de diffamation par la presse internationale ne peux affaiblir les fondations de l'Eglise catholique», renchérit l'archevêque Tamba Charles en Sierra Leone.

Dans ce pays, la presse n'a fait aucun commentaire sur ces scandales, tout comme le reste du continent. Le cas d'un jésuite italien, soupçonné d'avoir abusé d'au moins six garçons et muté du Brésil au Mozambique, n'a ainsi été repris que brièvement par une radio d'État mozambicaine.

Même silence au sein de la société. Les 800 millions de catholiques africains n'ont pas débattu de ces affaires qui ont particulièrement secoué l'Irlande, l'Allemagne et la Belgique.

Benoît XVI a lui-même été accusé d'avoir protégé des prêtres pédophiles avant de devenir pape en 2005 mais il a depuis fermement condamné les abus commis par des membres du clergé.

Ces propos sont cependant passés largement inaperçus en Afrique où de nombreux religieux réfutent l'existence même de cas de pédophilie dans leur pays.

«Le Congo n'est pas particulièrement touché par ce phénomène de pédophilie. Cela peut s'expliquer certainement par la culture du pays», assure le secrétaire général de la conférence épiscopale du Congo, Alphonse Taty Mboumba.

L'archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo Pasinya assure, lui aussi, n'avoir rencontré aucune affaire de pédophilie durant ses 30 ans de carrière. «Si des cas existent en Afrique du Sud, c'est parce que l'Eglise catholique était blanche, elle est devenue noire il n'y a pas longtemps», affirme-t-il à l'AFP.

D'autres prêtres déclarent que de telles affaires doivent être réglées en interne.

«En Afrique, on ne met pas sur la place publique des faits pareils. Ca ne fait pas partie de nos habitudes», souligne l'abbé Patrice Coly, conseiller en communication de l'archidiocèse de Dakar.

«S'il y avait des cas, l'Eglise africaine est organisée de telle sorte qu'on va les gérer pour ne pas jeter les gens en pâture. Tout ne se dit pas sur la place publique», lance l'abbé.