Le président malgache Marc Ravalomanana a démissionné mardi et confié ses pouvoirs à un «directoire militaire», cédant aux appels de plus en plus musclés de l'opposition et de l'armée, qui ont toutefois aussitôt contesté les conditions de ce départ.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Par l'ordonnance 2009-001 en date du 17 mars 2009, le président de la République a décidé de conférer à un directoire militaire les pleins pouvoirs», déclare dans un communiqué Marc Ravalomanana, homme d'affaires porté au pouvoir en 2002 par un élan populaire.

Sa démission avait été auparavant annoncée de source diplomatique.

Selon le communiqué, ce «directoire militaire est dirigé par le plus ancien dans le grade le plus élevé, toutes armes confondues». Il s'agit du vice-amiral Hippolyte Rarison Ramaroson.

Andry Rajoelina, qui à 34 ans s'est imposé en peu de temps à la tête de l'opposition, ce qui lui a valu le surnom de «TGV», a toutefois refusé l'instauration d'un tel «directoire militaire».

A la lecture de l'ordonnance présidentielle, l'opposant a quitté une réunion rassemblant hauts gradés de l'armée, représentants de l'Eglise et diplomates, a rapporté un participant.

Même refus de la part du chef de l'état-major de l'armée, le colonel André Andriarijaona. «On avait déjà dit qu'on ne voulait pas de directoire militaire», a-t-il réagi, dénonçant «un nouveau coup de couteau de M. Ravalomanana».

Accompagné par une marée de sympathisants l'acclamant aux cris «TGV président» et salué par les militaires brandissant leur fusil en signe de victoire, Andry Rajoelina avait auparavant fait une entrée triomphale dans les bureaux de la présidence dans le centre d'Antananarivo, pris d'assaut la veille par l'armée pour «précipiter le départ» du chef de l'Etat.

«Je déclare solennellement que j'irai jusqu'au bout de mes forces. On est libre maintenant mais la route sera encore très difficile», a lancé le jeune opposant, arrivé depuis la place du 13-Mai, où ses rassemblements quasi-quotidiens ont rythmé la crise malgache.

A une douzaine de kilomètres de là, Marc Ravalomanana s'était retranché ces derniers jours au palais d'Iavoloha, protégé par la garde présidentielle et ses partisans.

«Le président est toujours à Iavoloha», avait déclaré mardi matin son porte-parole, sans évoquer une éventuelle démission.

Dimanche encore, Marc Ravalomanana, 59 ans, assurait qu'il ne démissionnerait «jamais» face à la contestation menée par Andry Rajoelina, qui s'est fait le porte-voix des frustrations de nombreux Malgaches touchés par la hausse des prix, et de leur ressentiment contre le président, décrit comme coupé de la population et affairiste.

Le président démissionnaire a confié au «directoire» la tâche d'organiser des «assises nationales» chargées de la «révision du code électoral», de la «réconciliation nationale» et du «développement économique et social».

On ignorait mardi où se trouvait Marc Ravalomanana. Ces derniers jours, l'hypothèse d'un prochain départ en exil était évoquée avec insistance, l'essentiel de sa famille ayant déjà quitté la Grande Ile de l'océan Indien.

Engagé en décembre avec l'interdiction d'une télévision d'Andry Rajoelina, alors maire de la capitale, le bras de fer s'est durci fin janvier et a depuis fait plus d'une centaine de morts lors de violences ponctuelles mais sanglantes.

L'opposant s'est proclamé président d'une «Haute Autorité de transition» avant de réclamer l'arrestation de son rival.

L'armée, d'abord neutre, a finalement pris fait et cause pour la démission du chef de l'Etat.

L'Union européenne et l'Union africaine avaient mis en garde lundi contre une prise du pouvoir par la force à Madagascar, l'un des pays les plus pauvres de la planète.

Engagé en décembre lors de l'interdiction par les autorités d'une télévision appartenant à l'opposant, alors maire de la capitale, le bras de fer entre les deux hommes s'est durci fin janvier et a depuis fait plus d'une centaine de morts lors de violences ponctuelles mais sanglantes.

Andry Rajoelina, surnommé «TGV» pour sa fulgurante ascension politique, s'est d'abord autoproclamé président d'une «Haute Autorité de transition», avant de réclamer ces derniers jours l'arrestation de son rival.

L'armée, d'abord neutre, a finalement pris fait et cause pour la démission du chef de l'Etat.

Les militaires qui ont pris lundi soir les bureaux de présidence dans le centre de la capitale ont ainsi salué Andry Rajoelina lorsqu'il est entré dans le bâtiment mardi, en levant leurs fusils en signe de victoire. L'opposant était arrivé avec ses partisans depuis la place du 13-Mai, où ses rassemblements quasi-quotidiens ont rythmé la crise malgache, et où il avait «remercié» l'armée pour son intervention de la veille.

A une douzaine de kilomètres de là, Marc Ravalomanana, de plus en plus isolé, s'était retranché ces derniers jours au palais d'Iavoloha, protégé par la garde présidentielle et ses partisans.

«Le président est toujours à Iavoloha», avait déclaré mardi matin son porte-parole Andry Ralijaona, sans évoquer une éventuelle démission. Il estime que «ce qui se passe est disproportionné par rapport au problème (...) et que ce problème pourrait être résolu s'il y avait une volonté des deux côtés», avait-il ajouté.

Selon le porte-parole, Marc Ravalomanana a assuré lundi à des éléments de la garde présidentielle: «je reste avec vous et si je dois mourir, je mourrai avec vous».

Face à l'escalade des derniers jours, l'Union européenne (UE) et l'Union africaine (UA) avaient mis en garde lundi contre une prise du pouvoir par la force à Madagascar. L'UE avait souligné qu'un chef de l'Etat mis en place par la violence ne serait pas «reconnu» comme légitime et que cela entraînerait une suspension de l'aide à l'un des pays les plus pauvres de la planète.

Photo: Reuters

Un soldat monte la garde devant le palais présidentiel.