La fuite de méthane la plus importante jamais enregistrée a été observée dans une mine de charbon russe par les satellites d’une entreprise montréalaise. La découverte confirme que le monde entier reprend goût au charbon, ce qui cause une hausse des émissions de gaz naturel dans les mines.

Publié le 16 juin
Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

La plus grande mine du pays

Située dans le centre du pays, près de la Mongolie et du Kazakhstan, la mine de Raspadskaya est la plus importante de Russie. Jusqu’en cette année, les satellites de la firme montréalaise GHGSat n’y détectaient pas de fuite de méthane. « Ça veut dire que les émissions étaient inférieures au seuil de détection, 5 kg par heure », explique Stéphane Germain, PDG et fondateur de GHGSat. « Nous avons observé une énorme augmentation en janvier, jusqu’à 90 tonnes par heure (t/h). Par la suite, ça a baissé et fluctué. Nous avons continué à surveiller la situation pour voir si c’était bel et bien le signe de fuites durables. C’est bien le cas. Nous avons essayé de contacter l’opérateur de la mine, sans succès. Alors nous avons décidé de publier l’information, avec l’espoir que l’opérateur de la mine prendrait conscience des fuites. » Par rapport au pic de 90 t/h en janvier, les émissions de la mine de Raspadskaya ont parfois baissé à 30 t/h.

photo fournie par GHGSat

Émissions de méthane observées et mesurées à la mine de Raspadskaya, en Russie

La popularité du charbon

Les fuites de méthane accompagnent souvent les augmentations de production dans les mines de charbon. « Depuis l’invasion de l’Ukraine et l’impact sur le prix du méthane, il y a eu beaucoup plus de demande pour le charbon et son prix a grimpé, dit M. Germain. On a vu davantage de fuites de méthane dans les mines de charbon aux États-Unis, en Australie, en Inde et en Chine. Et évidemment en Russie. » La quantité de méthane qui s’échappe d’un nouveau filon de charbon dépend de la géologie et du type de charbon, selon M. Germain.

Photo Alain Roberge, archives LA PRESSE

Stéphane Germain, président de GHGSat

12 satellites

Fondée en 2011, GHGSat compte six satellites capables de détecter les émissions de méthane. D’ici la fin de 2023, six autres satellites seront envoyés en orbite, ce qui permettra de surveiller chaque parcelle de la Terre au moins deux fois par mois, et plus souvent s’il n’y a pas de nuages. Les clients de GHGSat sont entre autres les organismes qui calculent les émissions de gaz à effet de serre de chaque pays. Les entreprises désireuses de limiter leurs fuites de méthane, par exemple de gazoducs, peuvent aussi bénéficier des données de GHGSat. « Les observations satellites à haute résolution comme celles de GHGSat permettent enfin de surveiller les émissions d’infrastructures spécifiques », estime Daniel Horen Greenford, spécialiste des fuites de méthane à l’Université Concordia. « La communauté scientifique soupçonnait depuis longtemps que des fuites ponctuelles importantes sont responsables d’émissions beaucoup plus grandes que ce que rapporte l’industrie des hydrocarbures. »

Capter le méthane

Il est possible de capter le méthane qui s’échappe des mines de charbon. Mais cela exige des investissements importants. « Jusqu’à l’an dernier, dans les pays riches, on se préparait à la fin du charbon, dit M. Germain. Aux États-Unis, beaucoup de producteurs de charbon frôlaient la faillite. Alors ils n’avaient pas les moyens d’investir dans le captage du méthane. Mais c’est très possible de le faire, et si les prix du charbon se maintiennent, ça va être fait, surtout avec le prix élevé du méthane actuellement. »

L’a b c du gaz naturel

Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre 84 fois plus puissant que le COémis par la combustion du méthane ou de l’essence des voitures, mais il reste beaucoup moins longtemps que le COdans l’atmosphère. Sur 100 ans, chaque gramme de méthane est donc un gaz à effet de serre « seulement » 30 fois plus puissant que le CO2. Le méthane est aussi appelé « gaz naturel ».

En savoir plus

  • 200 millions
    Les émissions industrielles mondiales de méthane équivalent aux émissions de CO2 de 200 millions de voitures.
    SOURCE : Science