(Jérusalem) Israël va envoyer un émissaire aux États-Unis pour présenter des « preuves » justifiant sa décision de placer six ONG palestiniennes sur sa liste des « organisations terroristes », a indiqué lundi un haut responsable israélien à l’AFP.

Agence France-Presse

Le gouvernement israélien avait annoncé vendredi avoir ajouté six ONG palestiniennes, dont al-Haq et Addameer, qui œuvrent respectivement pour la défense des droits humains et des prisonniers, sur sa liste des « organisations terroristes », car liées selon lui au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), groupe armé palestinien honni par l’État hébreu.

« Au cours des prochains jours, un émissaire spécial du Shin Beth (le service israélien de renseignement intérieur, NDLR) et du ministère des Affaires étrangères se rendra aux États-Unis avec des preuves matérielles établissant le lien (entre ces six ONG) et le FPLP », a déclaré lundi à l’AFP un haut responsable israélien s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

La décision israélienne a été vivement critiquée par l’Autorité palestinienne et des organisations internationales. Et lundi, des experts de l’ONU ont appelé l’État hébreu à revenir sur celle-ci, la qualifiant « d’attaque frontale contre le mouvement palestinien des droits humains ».

De leur côté, les États-Unis ont affirmé qu’ils « allaient consulter leurs partenaires israéliens pour obtenir plus d’informations concernant les fondements » de cette décision.  

La coordinatrice des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) dans les Territoires palestiniens, Lynne Hastings, s’est pour sa part dite « préoccupée ».

« Ces désignations ajoutent davantage de pression sur les organisations de la société civile dans les Territoires palestiniens occupés et ont le potentiel de compromettre sérieusement leur travail », a-t-elle déclaré lundi dans un communiqué, ajoutant être en contact avec les autorités israéliennes « afin d’en savoir plus sur ces allégations ».

D’après Eliav Lieblich, professeur de droit à l’Université de Tel-Aviv, il est cependant « presque impossible » pour les ONG palestiniennes d’avoir accès aux éléments de preuve sur lesquels le gouvernement israélien a basé sa décision, car le ministère de la Défense pourrait invoquer des raisons de sécurité pour ne pas les divulguer.  

« Mais en 2021, vous ne pouvez pas déclarer terroristes six organisations de défense des droits sans fournir au public des preuves », a-t-il défendu auprès de l’AFP, qualifiant de « défaillante » la loi israélienne de 2016 sur le contreterrorisme qui a servi de cadre juridique pour ces qualifications de « groupes terroristes ».