(Nations unies) Au dernier jour de l’Assemblée générale de l’ONU, lundi, Afghanistan et Birmanie ont été privés de parole à la suite de tractations internationales visant à empêcher une cacophonie alors que des responsables de ces deux pays s’opposaient pour revendiquer le discours annuel de leur État.

Philippe RATER Agence France-Presse

Sur les 193 membres de l’ONU, deux ont ainsi échappé à la règle donnant un droit d’expression à tous. Une curiosité parmi d’autres du marathon qui a vu à New York une centaine de dirigeants et des dizaines de ministres bravant la pandémie.

Seuls quatre cas de contamination à la COVID-19, au sein de la délégation brésilienne, ont été signalés. Mais sans obligation de révéler une maladie, de test avant d’entrer à l’ONU ou de prouver sa vaccination, combien de cas réellement ? L’ONU assure que les règles strictes imposées pour l’édition 2021 – 7 membres par délégation, masques et distanciation – ont été respectées.

L’AFP a toutefois constaté que certaines délégations s’affranchissaient des restrictions, à l’image de la vingtaine de personnes entourant mercredi le secrétaire d’État américain Antony Blinken dans les couloirs de l’ONU.

Au programme diffusé par l’ONU figurait encore pour lundi soir l’ambassadeur afghan Ghulam Isaczai, membre du cabinet du président déchu Ashraf Ghani, bien qu’il ait été révoqué par les talibans. Mais dans la matinée, surprise, l’Afghanistan n’est plus inscrit.

« Ce pays a retiré sa participation au débat général », a annoncé la porte-parole de l’Assemblée générale, Monica Grayley, en précisant qu’« aucune raison n’avait été donnée » sur cette décision prise in extremis.

Interrogés par l’AFP pour savoir si ce retrait lié à une double demande d’intervention contradictoire était dû à une entente – entre Washington, Pékin et Moscou – similaire à celle survenue récemment pour la Birmanie, plusieurs diplomates ont laissé entendre que tel avait été le cas.

« J’imagine » qu’il y a eu un accord entre ces puissances, indique sous couvert d’anonymat une ambassadrice membre du Conseil de sécurité. « Il s’agit d’une décision sage », ajoute un autre diplomate, alors que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a évoqué ce week-end une coopération active et concertée de la Russie, de la Chine, du Pakistan et des États-Unis à l’égard des talibans.

Au pouvoir depuis août, les talibans, en quête de reconnaissance internationale, n’avaient demandé que la semaine dernière à l’ONU que leur nouveau ministre des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, puisse intervenir à l’ONU. Cette requête est intervenue « trop tard » pour être prise en compte, a indiqué à l’AFP un responsable de l’ONU.

Absence énigmatique

Pour la Birmanie, la junte au pouvoir depuis le coup d’État du 1er février et l’ambassadeur birman rebelle Kyaw Moe Tun, choisi par l’ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi et toujours accrédité auprès de l’ONU, réclamaient tous deux de parler au nom de ce pays. « Un accord est intervenu entre les États-Unis, la Russie et la Chine » pour que ce dernier ne s’exprime pas, avait expliqué récemment sous anonymat un ambassadeur de l’une de ces trois puissances.

« Profil bas », avait confirmé à l’AFP Kyaw Moe Tun, soutenu par une majorité de la communauté internationale et cible récemment d’un complot présumé visant à le faire démissionner, quitte à le tuer s’il refusait.

En mai, la junte a nommé un ex-militaire pour le remplacer, mais cette désignation n’a toujours pas été entérinée par l’ONU.

La nomination de nouveaux représentants pour l’Afghanistan comme pour la Birmanie passe par une commission onusienne formée notamment des États-Unis, de la Russie et de la Chine. Le consensus est la règle, mais pour ces deux pays « il n’y en a pas, donc il y aura un vote » dans les mois qui viennent de l’Assemblée générale, prédit un responsable de l’ONU.

A l’opposé de ces deux cas, la Guinée où un coup d’État militaire a récemment renversé le président Alpha Condé a parlé lundi soir. Nommé par le chef d’État déchu, l’ambassadeur guinéen Aly Diane a assuré sans évoquer d’échéance que la junte préparait un gouvernement d’union nationale.

Parmi les curiosités depuis une semaine, a figuré l’absence du président français Emmanuel Macron, réputé friand des grandes rencontres internationales.  

Cette année, c’est son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, qui s’est exprimé au nom de la France, dans une vidéo préenregistrée alors qu’il avait passé la semaine dernière à New York. Il a réclamé un « sommet du P5 » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni) pour relancer le dialogue mondial.

« C’est rare pour l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité d’intervenir le dernier jour », souligne un diplomate européen. Pour justifier l’absence de son président, la France s’est bornée à évoquer les conditions sanitaires.