Alors que la Chine se targue de recenser quotidiennement de moins en moins de nouveaux cas d’infection et de morts, le coronavirus continue de se propager rapidement à travers la planète et touchait jeudi une cinquantaine de pays.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a prévenu qu’aucun État ne devait se penser à l’abri.

« Ça pourrait être une erreur fatale, littéralement », a-t-il prévenu en rappelant que le coronavirus avait le potentiel de générer une pandémie.

Plusieurs experts en santé publique estiment que la situation actuelle satisfait cette description, mais l’OMS se refuse à utiliser le terme pour l’heure, notamment pour éviter de créer un sentiment de peur et de panique « qui ne sert à rien ».

La gestion des craintes du public est un enjeu majeur, particulièrement dans des pays comme l’Iran, la Corée du Sud et l’Italie, où le nombre de nouveaux cas monte en flèche depuis une semaine.

La peur se propage en Italie

Ellie Barbe, Québécoise établie en Italie, a indiqué jeudi que la peur du coronavirus s’étendait bien au-delà des zones du Nord où la plupart des cas sont actuellement concentrés.

PHOTO FOURNIE PAR ELLIE BARBE

Ellie Barbe, Québécoise établie en Toscane, en Italie

La femme de 30 ans, qui habite en Toscane, non loin de Florence, où quelques cas ont été recensés, affirme que la population « ne parle que de ça » et peine à faire la part des choses à travers les informations contradictoires qui circulent dans les médias.

Bien que la ville d’Arezzo où elle réside n’ait enregistré aucun cas à ce jour, les supermarchés ont été pris d’assaut par des résidants inquiets qui font des stocks.

Ils craignent notamment de voir se répéter le scénario survenu en Lombardie, où plusieurs villes ont été placées en quarantaine pour deux semaines par le gouvernement.

« J’ai moi-même acheté pour 300 euros d’épicerie en fin de semaine de manière à avoir ce qu’il faut pour rester à la maison au besoin », relève Mme Barbe.

Bien que la mise en quarantaine de villes complètes paraisse « drastique » et rappelle l’approche musclée des autorités chinoises dans la province du Hubei, où la crise a éclaté en décembre, nombre d’Italiens l’appuient, dit-elle.

« Les gens préfèrent avoir un gouvernement qui agit, quitte à en faire trop, qu’un gouvernement qui ne fait rien », souligne Mme Barbe, qui a acheté des masques il y a un mois.

« On a bien fait parce qu’il n’y en a plus nulle part », note la Québécoise, qui dit craindre plus pour la santé des parents âgés de son conjoint italien que pour la sienne.

« On ne veut pas prendre la situation avec trop de superficialité », dit-elle.

« Solidarité européenne »

L’Italie, qui rapportait hier plus de 600 cas d’infection, est le pays le plus touché d’Europe. Plusieurs pays du continent ont signalé au cours des derniers jours des cas liés à des ressortissants ayant séjourné dans le pays sans pour autant annoncer de restrictions frontalières.

Le président français, Emmanuel Macron, qui rencontrait hier le premier ministre italien, Giuseppe Conte, à Naples, a insisté selon l’Agence France-Presse sur la nécessité d’une « solidarité européenne » face à la crise.

PHOTO LUDOVIC MARIN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Emmanuel Macron, président de la République française, et Giuseppe Conte, premier ministre de l'Italie

Plusieurs autres pays ailleurs dans le monde ont décidé d’imposer de nouveaux contrôles dans l’espoir de freiner la progression du coronavirus.

L’Arabie saoudite a notamment décidé de suspendre temporairement l’entrée sur son territoire de croyants souhaitant se rendre à La Mecque.

Frappé de plein fouet, le Japon a annoncé parallèlement qu’il avait demandé que les écoles publiques soient fermées à partir de lundi.

Le Canada, qui a enregistré 13 cas jusqu’à maintenant, poursuit ses efforts pour tenter de contenir le coronavirus tout en se préparant préventivement pour une possible aggravation de la situation comme recommande de le faire l’OMS.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a indiqué jeudi que les efforts actuels doivent au minimum permettre de ralentir la progression du virus.

La fin de la saison de la grippe saisonnière dans quelques semaines devrait notamment, dit-elle, permettre de libérer des ressources hospitalières qui seront utiles si le nombre de cas se multiplie.