(Erevan) Les forces azerbaïdjanaises se trouvent à quelques kilomètres de la ville stratégique de Choucha, au Nagorny Karabakh, a annoncé jeudi le président de cette région sécessionniste où les combats opposent depuis fin septembre l’Azerbaïdjan à des séparatistes arméniens.

Mariam HARUTYUNYAN
Agence France-Presse

« L’ennemi est à quelques kilomètres de Choucha, à cinq kilomètres au maximum », a déclaré Araïk Haroutiounian dans une vidéo diffusée sur Facebook.

« L’objectif principal de l’ennemi est d’envahir Choucha […], et qui a le contrôle de Choucha, a le contrôle d’Artsakh », a-t-il assuré, utilisant le nom arménien pour le Nagorny Karabakh.

Choucha est située à une quinzaine de kilomètres de Stepanakert, la capitale de cette région montagneuse, et sur la route reliant le Nagorny Karabakh à l’Arménie.  

Le contrôle de Choucha, construite sur les hauteurs, permet de mettre droit dans le viseur la capitale séparatiste.

« Dans les jours qui viennent, il faut inverser la situation sur le front et punir l’ennemi directement aux portes de Choucha », a déclaré M. Haroutionian, dans la vidéo enregistrée près d’une cathédrale historique arménienne située dans cette ville.

« Allons nous unir et nous battre ensemble ! », a-t-il lancé.

Depuis la reprise des combats le 27 septembre, les forces azerbaïdjanaises ont reconquis des territoires qui échappaient à leur contrôle depuis les années 1990 et une guerre ayant fait 30 000 morts, aboutissant alors à la sécession du Nagorny Karabakh, aujourd’hui peuplée quasi-exclusivement d’Arméniens.

Cette région, soutenue par Erevan, a proclamé son indépendance à l’issue de la guerre en 1994 mais celle-ci n’a pas été reconnue par la communauté internationale, ni même par l’Arménie.

« Cruel et absurde »

Jeudi, les autorités du Nagorny Karabakh ont accusé les forces azerbaïdjanaises d’avoir massivement bombardé Stepanakert, qui a déjà été touché par des tirs à plusieurs reprises depuis fin septembre.

« L’Azerbaïdjan a frappé Stepanakert pendant plusieurs heures, des dizaines de missiles ont touché la ville », a dit à l’AFP un haut responsable local, Artak Beglarian, ajoutant que des « civils ont été blessés » dans cette attaque.

Cette annonce est intervenue au lendemain d’une attaque ayant visé la ville azerbaïdjanaise de Barda, proche du Nagorny Karabakh, Bakou accusant l’armée arménienne d’avoir tué 21 personnes et blessé des dizaines d’autres. Cinq autres civils avaient été tués la veille.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a juré de « venger » cette attaque via des « représailles sur le champ de bataille ».

L’Arménie a de son côté démenti avoir mené les attaques sur Barda.

L’ONG Amnistie internationale a accusé jeudi tous les participants au conflit — « les forces arméniennes, celles soutenues par l’Arménie et les forces azerbaïdjanaises » — de recourir à des bombes à sous-munitions, pourtant interdites.

« Bombarder des zones civiles avec des bombes à sous-munitions est cruel et absurde », a dénoncé Marie Struthers, la directrice d’Amnistie internationale pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale, dans un communiqué.

Selon des bilans partiels, plus de 1250 personnes dont plus de 130 civils dans les deux camps ont été tuées au cours des affrontements, les pires depuis la guerre des années 1990.

L’Azerbaïdjan a annoncé jeudi avoir remis à l’Arménie les corps de 30 soldats tués dans les combats.

« L’Arménie n’a pas fait preuve de bonne volonté à ce sujet », mais grâce à une médiation russe, elle a « accepté d’ouvrir un couloir humanitaire », a déclaré un conseiller du président Aliev, Hikmet Hajiyev.

Une porte-parole du ministère arménien de la Défense, Chouchan Stepanian, a confirmé ce transfert sous médiation de la Russie et de la Croix Rouge, ajoutant que Erevan était prêt à rendre les corps des soldats azerbaïdjanais.

Les chefs des diplomaties azerbaïdjanaise et arménienne devaient se rencontrer jeudi à Genève, mais la réunion a été reportée à vendredi et ne sera pas en tête-à-tête, selon le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères.